FrançaisSe soignerLe système de santé britannique mis en péril par le Brexit

mm Thomas Perroteau10 décembre 201811 min

Avec près de 100 000 postes vacants, le service public de santé britannique (National Health Service) a besoin de travailleurs et d’étudiants européens. Mais ces derniers sont découragés par le Brexit malgré les engagements du gouvernement.

« Nous donnons 350 millions de Livres par semaine à l’Union européenne, finançons plutôt le NHS avec. » Lors de la campagne pour le référendum de 2016, cette promesse fallacieuse circulait dans les rues de Londres, inscrite sur un bus rouge pro-Brexit. 

Deux ans plus tard, le transfert n’a pas eu lieu. Le NHS ne profite pas du Brexit. Au contraire, le monde de la santé publique britannique craint le départ et le manque de professionnels de santé européens.

« Dans mon hôpital, certains soignants étrangers ont déjà décidé de retourner dans leur pays, notamment à cause du Brexit », déplore Lydia Yaguez, neuropsychiatre espagnole à Londres. Depuis le référendum de 2016, le nombre de soignants de l’UE quittant le NHS a augmenté de près de 20% en Angleterre.

Des inquiétudes contagieuses

« C’est à cause des incertitudes sur leur futurs droits sociaux, sur leur mobilité. Je comprends que ça puisse accélérer leur décision de revenir sur le continent », analyse Lydia Yaguez. Contagieuse, l’inquiétude des employés européens devient celle des britanniques, car le NHS souffre d’un manque chronique de main d’œuvre.

Un poste sur onze n’a pas été pourvu en 2017, alors que l’âge moyen des britanniques augmente, et les besoins de soins avec. Plusieurs rapports associatifs et non-gouvernementaux prévoient une augmentation de ces postes vacants durant la période de transition avec le Brexit.

Premier employeur pour les ressortissants de l’UE au Royaume-Uni, le NHS a tout intérêt à préserver ces travailleurs du médical et du social. Pour John Ling, infirmier dans un hôpital londonien, « le défi des autorités britanniques est moins de garder ses travailleurs européens que de les recruter une fois le divorce acté. »

Les infirmiers en première ligne

John et Lydia travaillent dans le même hôpital. Même si lui est de nationalité anglaise, John est le plus inquiet des deux, car les infirmières représentent 40% des emplois non-pourvus par le NHS.

« La liberté de circuler des travailleurs a permis à nos hôpitaux de recruter des infirmières, notamment de Grèce, d’Espagne et du Portugal, mais cela pourrait changer après le Brexit», s’inquiète John.

Un an après le référendum, le nombre d’infirmières arrivées pour travailler au Royaume-Uni a plongé de près de 90%. En 2017, pour la première fois, il y a eu plus d’infirmiers quittant le NHS que d’infirmiers entrants.

Le gouvernement promet sans rassurer

Face à cette menace, le gouvernement de Theresa May a annoncé un statut de visa permanent pour ses résidents européens après le Brexit, et a promis une politique migratoire basée sur les compétences, sans préférence pour les citoyens venus d’UE.

« J’ai rencontré le ministre de la santé en 2017, Jeremy Hunt, qui m’avait assuré que la situation serait “sécurisée” pour les infirmiers étrangers en formation et que le gouvernement voulait continuer à attirer des infirmiers européens », raconte Blackie Camel, professeure à l’école d’infirmiers de Kingston, à Londres.« Ce sera peut-être le cas, mais pour l’instant ce n’est pas clair », regrette-t-elle. Certains hôpitaux et fonds de soutien ont annoncé vouloir prendre en charge le coût des futures demandes de visas une fois le Brexit terminé.

« Puisque nous manquons de ces travailleurs essentiels, le gouvernement devrait carrément leur offrir le visa », juge la professeure.

Moins d’étudiants en médecine

Cette enseignante se dit tout aussi « préoccupée » de voir le nombre de candidatures européennes diminuer dans son établissement, « notamment les étudiants d’Europe de l’Est, de Pologne ainsi que du Portugal ».

Le nombre de candidats européens a baissé de 8% entre 2017 et 2018 dans les universités anglaises. Et ce malgré les promesses d’un gel des droits d’inscriptions et d’une augmentation du nombre de places en médecine décidée par le gouvernement.

« Le Royaume-Uni ne forme pas assez de soignants. Les études sont longues et chères et, lorsqu’elles ne le sont pas, comme pour les infirmiers [3 ans, ndlr], les salaires ne sont pas à la hauteur du labeur », déplore John Ling. Le Brexit n’a pas fini de faire parler de lui dans les couloirs des hôpitaux.

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Thomas Perroteau

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