MangerTravaillerEcosse : les producteurs de whisky craignent les effets du Brexit

mm Claire Duhamel3 décembre 20189 min

C’est la boisson nationale de l’Ecosse. Le whisky est aussi une manne économique, qui emploie près de 40 000 personnes et génère d’importants revenus à l’exportation. Alors que le Brexit se profile, les producteurs sont inquiets de l’avenir de la boisson. Le label scotch whisky qui les protège de la concurrence, pourrait être remis en cause.

poster_imageMark Trainor débute la journée en lançant les machines de fermentation.
© Claire Duhamel

Il travaille dans une distillerie traditionnelle depuis cinq ans, et pourtant, il n’aime toujours pas le whisky. Mark Trainor règle les machines, vérifie la température et ajoute de l’eau à la grande cuve de fermentation des céréales. Entre deux tâches de précision, il confie : « Franchement, on ne sait vraiment pas ce qu’il va se passer après l’entrée en vigueur du Brexit, cela pourrait avoir de dures conséquences sur nos ventes. »

Nous sommes dans le sud de l’Ecosse, dans la région frontalière avec l’Angleterre. Au milieu de la campagne écossaise, la petite distillerie d’Annandale emploie une vingtaine de personnes. Et elle vient de faire son entrée sur le marché très contrôlé du scotch whisky.

poster_imageAu milieu de la nature, une petite distillerie  © Claire Duhamel

Pour obtenir le label scotch, le whisky doit avoir vieilli dans la distillerie « au moins trois ans et un jour », raconte David Ashton-Hyde, le responsable des ventes. Le 13 juin dernier, la distillerie a donc lancé son premier whisky, vieux de trois ans et demi. La valeur d’une bouteille est considérable. Elle peut atteindre 300 livres sterling  (environs 340 euros).« Notre whisky rencontre un beau succès. On le vend partout dans le monde et surtout en Allemagne et en Scandinavie », précise David.

L’export européen en péril

Pourtant, c’est tout l’équilibre de ces petites distilleries traditionnelles, cent vingt-huit en tout en Écosse, qui pourraient être remis en cause. Le label scotch whisky, qui garantit à l’Ecosse un quasi monopole sur le marché, est régi par des normes européennes datant de 2008. Elles garantissent au whisky écossais une “appellation géographique protégée” et définit comment il doit être produit, embouteillé et conservé. Ces règles protègent les producteurs de la concurrence étrangère. Avec la sortie de l’Union européenne en mars 2019, elles pourraient ne plus s’appliquer à l’Ecosse.

Les exportations vers des pays européens représentent 30% du chiffre d’affaires des distilleries écossaises, rappelle la Scotch Whisky Association qui milite pour la protection de la boisson écossaise. Un porte-parole de l’association précise : « Nous voulons que notre nouveau partenariat avec l’Union européenne reflète les liens économiques forts existants entre le Royaume-Uni et l’Union. »

Le projet d’accord défini en novembre par le Royaume-Uni et l’Union européenne satisfait l’association. Elle prépare une phase transitoire pour organiser les nouvelles règlementations : « de nombreuses questions primordiales sont toujours à résoudre. »

poster_imageA chaque jour de la semaine, sa cuve de fermentation. © Claire Duhamel

Si le document sur lequel sont tombés d’accord Londres et Bruxelles en novembre n’est pas validé par le Parlement, ou si cet accord est défavorable, les producteurs de whisky pourraient voir augmenter les droits de douane, les formalités administratives et ils craignent de perdre de précieux contrats européens.

Pourtant, rares sont les distilleries, comme celle d’Annandale, qui acceptent de témoigner de leurs inquiétudes. Le sujet est éminemment politique, il s’agit de ne pas froisser d’éventuels clients.  « On ne peut rien faire, explique Mark. Ça a été décidé, maintenant on doit continuer à avancer. Brexit ou pas, tous les matins je viens, et je fais mon travail. » Alors que Mark s’active, dans le café de la distillerie d’Annandale, un couple de retraité déguste son petit whisky matinal.

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Claire Duhamel

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