FrançaisSe soignerTemps de chien pour les animaux britanniques

mm Agathe Cherki24 novembre 201811 min

Chiens, chats et autres quadrupèdes si chers aux Britanniques ne seront pas épargnés par le Brexit. En quittant l’Union européenne, le Royaume-Uni tourne le dos à un allié précieux pour ses vétérinaires et ses animaux.

Les animaux vont-ils souffrir du Brexit ? Les vétérinaires britanniques prennent la question très au sérieux. Il y a quelques semaines, à Londres, elle a fait l’objet d’une conférence animée par Simon Doherty, président de l’association des vétérinaires britanniques, et Angela Smith, députée et membre de la commission de l’Environnement, de l’alimentation et des affaires rurales.

Elle a attiré une centaine de spécialistes. « A la fin de la conférence, les intervenants ont demandé qui, dans la salle, jugeait la sortie de l’Union européenne favorable au bien-être animal. Personne n’a réagi, raconte Iain McGill, vétérinaire à la tête du groupe de chercheurs indépendants Prion Interest Group. Mais quand on a demandé qui d’entre nous pensait que le Brexit menaçait le bien-être animal, tout le monde a levé la main comme un seul homme. »

Acquis européens en sursis

Le Royaume-Uni doit à l’Union européenne (UE) 80 % de sa législation relative au bien-être animal. Pour maintenir les standards acquis dans ce domaine, le ministère de l’Environnement devra adapter le cadre réglementaire européen à la législation britannique. Idéalement, cette adaptation devra avoir lieu avant la fin de la période de transition accordée au Royaume-Uni, prévue pour décembre 2020. Une mission quasi impossible. Ce sera plus dur encore si aucun accord de sortie n’est conclu – et si Londres coupe donc les ponts le 29 mars 2019.

Dans pareil cas, le Royaume-Uni pourrait également perdre son accès aux différents organismes européens chargés de contrôler les importations et exportations d’animaux, de produits d’origine animale ou d’évaluer les risques en terme d’épidémies animales, de sécurité alimentaire, etc.

Parmi ces acquis européens auxquels les Britanniques devront renoncer, le docteur McGill pointe du doigt le cas des expérimentations faites sur des animaux. « Aujourd’hui, ces expérimentations, nécessaires à l’introduction sur le marché de nouveaux médicaments, sont réalisées à l’échelle européenne. Si l’on sort de l’Union, ces tests devront aussi être faits indépendamment au Royaume-Uni. Le nombre d’animaux utilisés à ces fins expérimentales sera alors multiplié par deux. »

Vétérinaires en voie de disparition

Autre source d’inquiétude : les vétérinaires britanniques se font rares. La profession peine à recruter et est extrêmement dépendante de l’UE. Aujourd’hui, près de la moitié des vétérinaires en fonction au Royaume-Uni viennent d’autres pays de l’Union. Or, selon l’organisme de réglementation des vétérinaires britanniques, à l’approche du Brexit, 32 % d’entre eux songent à retourner dans leur pays d’origine. « Nous risquons de faire face à des pénuries, déplore Iain McGill. Nous pourrions perdre de très bons vétérinaires spécialisés en oncologie, en neurologie mais aussi dans la prise en charge des animaux de compagnie. »

Pour ne rien arranger, le Brexit risque d’accroître la charge de travail de ces médecins. Abandon des normes européennes, accès restreint à certains médicaments, démarches renforcées pour passer la frontière avec son chien ou assurer le commerce de produits d’origine animale… Tous ces bouleversements nécessiteront plus de main d’œuvre.

Fini le passeport pour les animaux de compagnie

C’est bien connu, les Britanniques sont des amis des bêtes. 50 % d’entre eux possèdent un animal de compagnie. Mais beaucoup ignorent les soucis que le Brexit pourrait causer à leurs compagnons. L’une des conséquences est la disparition du passeport européen pour les chiens, chats et furets. Si aucun accord n’est trouvé d’ici au 29 mars, le Royaume-Uni deviendra un pays tiers. Les conditions permettant aux animaux de compagnie de franchir les frontières européennes pourraient alors devenir plus complexes. Au mieux, ces conditions n’évolueront que très peu. Au pire, prendre le tunnel sous la Manche avec son chien pourrait devenir un casse-tête. Les démarches requises devront être entreprises quatre mois avant tout départ, vaccin contre la rage oblige.

Les négociations autour du Brexit patinent et, par précaution, le gouvernement a d’ores et déjà donné quelques consignes. Il a invité les Britanniques souhaitant voyager en Europe dès le 30 mars 2019, soit une fois le Brexit acté, à entreprendre ces démarches avant la fin du mois de novembre 2018. Les consignes ont été mises en ligne sur le site du ministère de l’Environnement – sous forme de vidéos notamment – et données aux vétérinaires qui, pour certains, les diffusent aussi sur leurs pages Facebook et sites internet.

Depuis, l’information circule timidement. Rencontrée dans les rues de Kingston, en banlieue de Londres, China dit avoir appris ces changements « par hasard » et va tâcher de faire le nécessaire pour pouvoir emmener son chien Titane en France, comme prévu. « Si je ne peux pas le faire, nous annulerons certainement nos vacances. Nous ne pouvons pas nous permettre de le faire garder ici, c’est hors de prix. » Et, comme beaucoup, elle ajoute : « je n’aurais jamais imaginé que le Brexit puisse avoir la moindre conséquence sur les animaux. Je n’y avais pas réfléchi, surtout pas avant d’aller voter. »

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Agathe Cherki

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