FrançaisGouvernerLive3 questions au chef de l’opposition parlementaire à Gibraltar

mm Alix Ponsar23 novembre 20188 min

Gibraltar est un territoire britannique depuis 1713. Dans cette enclave de 7 kilomètres carrés au sud de l’Espagne, 96% des habitants ont voté contre le Brexit. Signe de son statut particulier, le projet d’accord sur le Brexit contient un Protocole sur Gibraltar. Entretien avec Elliott Phillips, chef de l’opposition parlementaire du Rocher. 

Pourquoi les habitants de Gibraltar ont-ils voté aussi massivement pour rester dans l’Union européenne ? 

La raison est très claire : nous avons une frontière physique avec l’Union européenne. La relation est si forte entre les deux côtés de la frontière qu’il semblait tout simplement impossible aux Gibraltariens de voter pour le Brexit. De nombreux habitants ont des maisons secondaires en Espagne, les produits de nos entreprises traversent la frontière tous les jours et les familles ont des relations très fortes de part et d’autre de la frontière. Il faut aussi savoir que l’économie de Gibraltar repose sur un marché de services. L’assurance, les entreprises de jeux en ligne, les services financiers, tout cela pourrait être affecté par le Brexit. Il y a aussi les 14 000 personnes qui traversent la frontière tous les jours pour venir travailler à Gibraltar et qui seraient forcément impactées dans le cas d’un Brexit dur et du rétablissement d’une frontière physique. Vous comprenez donc que le Brexit a été très mal accueilli ici. Demandez à n’importe quel député à Gibraltar, il vous dira qu’il n’en voulait pas. Mais la réalité est toute autre : le Royaume-Uni a pris une décision démocratique et nous devons quitter l’Union européenne. Et comme l’a dit notre Première ministre, nous devons « aller de l’avant ensemble ». Par ailleurs, les Gibraltariens sont des survivants de nature. Nous avons enduré quatorze sièges économiques, nous avons vécu de longues années avec la frontière fermée et nous avons toujours survécu. Donc, nous restons optimistes. 

Que pensez-vous du projet d’accord et du Protocole sur Gibraltar ?

Il est trop tôt, à ce stade, pour donner des conclusions sur l’accord et son incidence sur Gibraltar. Pour l’instant, le Protocole ne couvre que les 21 prochains mois, d’ici à fin 2020. Et il se réfère à au moins cinq autres protocoles d’accord entre le Royaume-Uni et l’Espagne, qui n’ont pas encore été publiés. Ils traitent du droit des citoyens, du tabac, de l’environnement, de la coopération policière et douanière et de la fiscalité. Le gouvernement nous a aussi expliqué qu’il y avait d’autres documents sur lesquels ils sont en train de travailler. C’est uniquement le gouvernement qui gère les négociations. Nous aurions préféré qu’ils acceptent que nous y prenions part mais nous sommes à 100% derrière eux pour les aider à obtenir un accord favorable. Pour l’heure, nous attendons que tous ces documents soient publiés pour évaluer si l’accord est favorable aux Gibraltariens. Nous voulons savoir ce qui est sur la table au-delà de ces 21 mois pour nos citoyens, leurs familles et nos entreprises. 

Quelle est la meilleure option pour Gibraltar ? 

À choisir entre cet accord ou pas d’accord, nous privilégions totalement cet accord. Même si nous attendons de voir en détail ce qu’il contient, ce sera sûrement une option plus favorable pour Gibraltar. Un no-deal rimerait probablement avec une frontière physique et cela aurait des conséquences désastreuses pour nos habitants. Mais s’il devait y avoir une autre option, celle d’un second référendum, c’est celle-ci que nous soutiendrions. Quand les gens ont voté, il y a deux ans, ils ont voté selon certains critères. Mais depuis, ils ont eu accès à beaucoup plus d’informations, à des analyses sur les conséquences concrètes du Brexit pour les gens et les entreprises. Je pense qu’aujourd’hui, les gens ont plus de clés en main pour appréhender cette question. C’est pourquoi, si un second référendum devait avoir lieu, ce qui est assez improbable je pense, notre parti le soutiendrait. Mais nous n’irons pas jusqu’à soutenir la campagne en faveur d’un second référendum.

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Alix Ponsar

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