FrançaisTravaillerSarah Gouia, étudiante française : les pieds à Londres, la tête à New-York

mm Matilde Meslin22 novembre 20189 min

Étudier à l’étranger est le rêve de beaucoup de jeunes français. Sarah Gouia, 24 ans, l’a fait pour intégrer des universités britanniques. À quelques mois de la fin de ses études et du Brexit, elle doit choisir entre rester et partir. Portrait.

C’était il y a quatre ans et demi. Après deux années de prépa littéraire au prestigieux lycée Henri IV à Paris, Sarah a fait ses valises et s’est envolée vers l’Angleterre. Elle a été acceptée dans une licence de politique et relations internationales à Girton College, l’une des universités de Cambridge, première université de Grande-Bretagne a éduquer les jeunes femmes et connue pour son engagement féministe depuis sa création en 1869. Dès le premier jour, elle y rencontre Tom, étudiant britannique, qui devient son petit ami.

Quatre ans et demi et un diplôme en poche plus tard, Sarah et Tom sont toujours ensemble et vivent à Londres. Lui est assistant parlementaire, elle termine des études de droit dans une université londonienne. « Je ne suis jamais rentrée en France plus de trois semaines d’affilée. Je suis un petit peu installée, mais pas non plus complètement. »

Si après tant d’années passées en Angleterre, Sarah ne considère pas encore qu’elle est chez elle, c’est qu’elle est une citoyenne du monde. Née d’un père tunisien et d’une mère costaricienne, élevée en France et étudiante en Angleterre, la jeune femme refuse de choisir l’un ou l’autre de ses pays d’attache. « J’ai pensé à demander la nationalité britannique. Mais je ne le ferai pas s’ils me demandent d’abandonner l’une ou l’autre de mes trois autres nationalités. »

Se renseigner pour se préparer

Depuis le vote pour le « Leave » au référendum sur le Brexit, Sarah suit l’actualité politique de près. En plus de la presse locale et internationale, elle lit aussi la newsletter du député français pour l’Europe du Nord, Alexandre Holroyd (LREM), qui vit à Londres. « Dans la newsletter j’ai appris que je pourrais postuler pour un statut de résidente permanente après le Brexit. Il faut avoir habité en Angleterre plus de cinq ans. Dans quelques mois ce sera le cas pour moi. Ce statut est avantageux parce que j’aurai à peu près les mêmes droits qu’un citoyen britannique, sans avoir la nationalité. Je peux le garder indéfiniment, à condition de ne pas passer plus de cinq ans consécutifs à l’étranger. »

Un statut parfait pour Sarah, qui souhaite travailler dans les grandes institutions internationales comme l’ONU à New York ou à Genève, ou le parlement européen à Bruxelles. « Je pourrais bouger pour le travail sans perdre le droit de vivre en Angleterre. Et puis c’est agréable d’être reconnue en tant que résidente après les années que j’ai passé ici. J’ai choisi un domaine professionnelj’ai d’autres options, je ne suis pas obligée de rester. Mais Londres est un bon endroit pour débuter une carrière : on nous donne facilement notre chance. J’ai des amis qui travaillent dans les ministères ou au Parlement et qui n’ont fait qu’une licence. On a de bonnes opportunités à Londres. » 

Entre carrière et vie personnelle

Au-delà de l’aspect professionnel, reste la question de son  petit ami et de sa vie personnelle. Que faire si elle n’obtient pas le fameux statut de résidente permanente ? « S’il faut juste demander un visa pour pouvoir rester auprès de lui, je le ferai, mais ça réduirait mes opportunités de travail. Je n’envisage pas l’option du mariage juste pour des raisons administratives. Si le pays ne veut pas de moi, je partirai. »

Une perspective qu’elle prépare, mais qui n’est pas idéale. « J’ai appris en venant ici que partir pour partir, ce n’est pas bon. J’ai mis du temps à construire ma vie et mes attaches ici, à trouver ma place. Et je n’ai pas encore fini ! Et même si j’aimerais pouvoir travailler à New-York ou à Genève, j’ai un peu peur de la bulle bureaucratique qu’il y a là-bas, où on n’a pas d’attaches. J’ai besoin d’avoir un sentiment d’appartenance. »

La jeune femme se projette en Angleterre, avec une maison à la campagne aux alentours de Londres et des enfants de nationalité britannique qui feraient leurs études au lycée français. Entre carrière et vie personnelle, Sarah Gouia ne veut pas avoir à choisir. Elle a pensé à tout : « Pour pouvoir concilier carrière dans les relations internationales et vie ici, pourquoi pas m’investir en politique et me rapprocher du député français pour l’Europe du Nord. Ça me permettrait de ne pas choisir. »

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