FrançaisSe cultiverTravaillerLe Brexit détricotera-t-il l’industrie de la mode ?

mm Camille Bronchart22 novembre 201817 min

Mardi 13 novembre, Theresa May a annoncé qu’un projet d’accord entre le Royaume-Uni et l’Union européenne avait été trouvé. Les Britanniques devraient quitter l’Union européenne le 29 mars prochain, tout en se maintenant dans l’union douanière, au moins jusqu’au 1er juillet 2020. Un soulagement pour l’industrie de la mode.

Après le premier « brouillon » d’accord présenté par Theresa May le 13 novembre, approuvé par le gouvernement britannique, l’industrie de la mode respire enfin. Selon les termes de ce projet d’accord, le Royaume-Uni restera dans l’union douanière au moins jusqu’au 1er juillet 2020 afin d’éviter le rétablissement physique de la frontière irlandaise. Une bonne nouvelle pour le secteur de la mode, qui craignait que le Royaume-Uni ne sorte du marché unique… Et qu’il faille payer des taxes sur les exportations et les importations.

Katharine Hamnett est une styliste britannique. Elle est notamment connue pour ses prises de position politiques, qu’elle n’hésite pas à afficher clairement sur ses créations respectueuses de l’environnement. Sur ses tee-shirts, le message est limpide : « La mode déteste le Brexit », « Nous voulons un second référendum, maintenant » ou encore « Annulez le Brexit ».

Katharine Hamnett a créé une ligne de tee-shirt contre le Brexit. Le message est passé : elle est fondamentalement pro-UE. @Capture d’écran site de Katharine Hamnett.

« Je pense que le Brexit c’est au mieux, de l’auto-mutilation, au pire un suicide pour le Royaume-Uni,  explique la créatrice. Tout le monde sait que c’est la décision la plus sérieuse que prend le pays depuis la Seconde guerre mondiale »

Selon Fashion Roundtable, un think tank consacré à l’industrie de la mode dont fait partie Katharine Hamnett, 80% des sondés estiment que quitter le marché unique serait mauvais pour l’économie. 96% voterai pour le Remain si un second référendum avait lieu, « ça montre bien ce que pense l’industrie de la mode », réplique la styliste britannique.  

« Je refuse de laisser notre marque être affectée par ce stupide Brexit, s’il a lieu »

Si le Royaume-Uni reste dans l’union douanière, le pays bénéficiera en revanche uniquement d’accords douaniers avec les pays membres de l’Union européenne et plus avec les pays tiers. Dans le secteur du luxe et de la mode en général, le secteur de la production pourrait être le plus impacté. Le Royaume-Uni pourrait devoir renégocier des accords douaniers, au cas par cas, avec les pays qui sous-traitent la production de biens vestimentaires comme le Bangladesh, la Chine ou encore l’Inde. 

« Au Royaume-Uni, 75% des matières premières de l’industrie de la mode britannique sont importées. De nouvelles taxes ou retards à cause du rétablissement des contrôles douaniers seraient dévastateurs pour le secteur. Les fournisseurs donnent des heures précises pour les livraisons. Tous les retards qui seraient liés à la paperasse administrative si le Royaume-Uni quitte l’UE, par exemple, les pénaliseront financièrement. » détaille Katharine Hamnett.

Alors, face à l’inconnu, elle prend ses dispositions : « Dès qu’on a eu les résultats du référendum, mon entreprise a mis en place une chaîne de production et de logistique en Italie pour faire face aux conséquences possibles. Je refuse de laisser notre marque être affectée par ce stupide Brexit, s’il a lieu ».  

Et si le Royaume-Uni perdait ses talents ?

Un autre point dans l’accord coince : la libre-circulation des personnes. Avec le Brexit, les Britanniques souhaitaient pouvoir mieux contrôler leur flux migratoire, qu’il soit lié, ou non, au travail. Dans l’hypothèse où l’accord est ratifié par l’Union européenne et le Parlement britannique, une période de transition sera mise en place jusqu’au 31 décembre 2020.

Jusqu’à cette date, les Européens établis au Royaume-Uni et les Britanniques établis dans un des 27 pays de l’Union pourront continuer à « étudier, travailler, percevoir des allocations et faire venir leur famille pour la durée de leur vie ». Des facilités ont également été mises en place pour les “immigrés européens”. Par contre, une fois la période de transition terminée, les Européens pourraient être traités comme des immigrés de n’importe quel pays : ils devront remplir « des formalités d’immigration ». 

Pour l’industrie de la mode, cela soulève de nombreuses questions. La fin de la libre-circulation pourrait signifier le début des visas de travail… et d’études. Les travailleurs qualifiés auraient plus de mal à venir au Royaume-Uni, qui perdrait une main-d’oeuvre de qualité. Selon le classement du site Business of Fashion, référence de la mode en ligne, quatre des dix meilleures écoles de mode au monde sont britanniques : on retrouve notamment dans ce classement la Central Saint Martins en première position. Sans visa d’études, aller étudier au Royaume-Uni sera plus compliqué. Ces démarches administratives et les coûts qu’ils engendrent (le visa, la scolarité…) pourraient décourager certains étudiants européens.

Pour certains, le Brexit est une aubaine

En revanche, la dépréciation de la livre sterling, conséquence directe du vote sur le Brexit en juin 2016, a permis à certaines entreprises liées à la mode de profiter de la baisse des prix de leurs produits pour les acheteurs étrangers. La monnaie britannique a perdu 15 % de sa valeur face à l’euro et au dollar après le référendum, son plus bas niveau depuis 30 ans. Depuis, elle ne s’est pas relevée significativement.

Une aubaine pour Asos, plateforme d’e-commerce multimarques, spécialisée dans la mode, dont les deux tiers des ventes proviennent de l’étranger… En tout, elles ont bondi de 54 % sur le dernier semestre 2016, selon Business Insider. Et cela se poursuit, puisque l’entreprise a revu à la hausse de ses prévisions de croissance en 2017 mais aussi en 2018 : à plus de 30%.  

Même constat du côté de la marque irlandaise Primark qui a vu ses ventes fortement stimulées par les touristes en quête de bonnes affaires après le glissement de la livre sterling. Les ventes des seuls magasins de la rue londonienne d’Oxford Street ont augmenté de 10 % juste après le vote, précise The Guardian

Si la chute de la livre sterling profite aux chaînes de prêt-à-porter, elle fait aussi prospérer le secteur du luxe britannique. La marque Burberry, connue pour son trench à carreaux, a vu ses ventes exploser après le vote du Brexit. Plus 40 % lors du dernier trimestre 2016, explique The Guardian. À Londres, les grandes maisons de luxe enchaînent les ouvertures de magasins, notamment dans des quartiers prisés ou sur Bond Street, la grande rue commerçante de la capitale.

De nouvelles ouvertures de magasins prévues

Preuve que le Brexit n’affecte pas le secteur : il devrait y avoir plus de premières ouvertures de magasins en 2018 qu’en 2017, avec des marques comme Richemont, Loewe, Givenchy ou Alexander McQueen, indique Business of Fashion. Pour d’autres, comme Louis Vuitton et Cartier, c’est l’occasion de rénover les boutiques, pour être plus attrayantes aux yeux du client. 

Si le Royaume-Uni quitte définitivement l’union douanière, les Européens de passage dans le pays pourraient aussi bénéficier de détaxes sur les produits de luxe qu’ils achètent. C’est déjà le cas pour les visiteurs de certains pays situés hors de l’Union : ils peuvent se faire rembourser la TVA sur certains produits qu’ils ont achetés lors de leur séjour. Cela permettrait aux visiteurs encore plus d’économies, assurant dans le même temps des profits toujours plus importants pour les maisons de luxe.

Camille Bronchart & Adeline Mullet

Crédit image à la une : @COD Newsroom pour Flickr
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Camille Bronchart

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