FrançaisTravaillerInterview. Après le Brexit, un fonds pour remplacer l’argent européen

mm Benjamin Boukriche20 novembre 20187 min

Rob Tinker, est chercheur au cercle de réflexion Joseph-Rowntree, qui lutte contre la pauvreté. Il a écrit un rapport sur le « Fonds de partage des richesses », une des promesses de campagne de la Première ministre Theresa May pour remplacer les aides européennes. 

N.B : Rob Tinker n’ayant pas souhaité être photographié, le dessin ci-dessus n’a pas vocation à le représenter avec précision.

Le Fonds de partage des richesses (FPR) devrait remplacer les aides européennes retirées au Royaume-Uni. Où en est cette promesse ?

Rob Tinker : On ne sait pas énormément de choses. Seules deux déclarations ont suivi la promesse de Theresa May lors de sa campagne aux législatives de juin 2017. Selon le Trésor [l’équivalent du ministère des Finances, ndlr.], le Royaume-Uni va faire en sorte que le FPR s’aligne sur les aides européennes, à savoir 1,2 milliard de livres annuelles (1,35 milliars d’euros). Le ministère des Collectivités locales a aussi annoncé que l’objectif du FPR serait le même que celui de l’argent européen : réduire les inégalités. Mais au sein du gouvernement britannique, ses modalités d’application font débat.

Quels sont les arguments dans ce débat ?

Il y a ceux qui veulent voir le FPR augmenter la productivité des entreprises. D’autres pensent que ce fonds doit avoir pour objectif de réduire la pauvreté et les inégalités.

Autre aspect encore flou : on ne sait pas si le FPR sera géré par le pouvoir central de Londres ou par les collectivités locales.

Oui, et la réponse dépend directement du camp qui va l’emporter. Si ceux qui favorisent la productivité gagnent, alors le fonds sera administré depuis Londres. Et pour cause, ils pensent que les collectivités ne gèreront pas correctement l’argent. Mais l’autre camp pense l’inverse. Pour lui, l’argent est mieux dépensé quand les acteurs au plus proche du terrain tiennent les cordons de la bourse.

Quel camp va l’emporter selon vous ?

Le Royaume-Uni est un pays très centralisé. Renforcer les pouvoirs des autorités locales est un concept qui reste étrange pour un bon nombre de personnes. Selon moi, ce sera probablement le camp favorable à l’administration du fonds depuis Londres qui l’emportera.

En fonction de quels critères le FPR sera redistribué ?

On ne sait pas. Avec l’UE, l’argent était distribué en fonction du PIB de chaque région. Avec le FPR, ce sera probablement un mélange de différents indicateurs, comme par exemple le PIB accompagné du taux d’emploi.

Quand sera lancé le FPR ?

Si tout va bien, il devrait démarrer en 2021, puisque les fonds alloués par l’UE s’arrêteront le 31 décembre 2020. Mais son lancement dépend du contexte politique, c’est-à-dire des négociations entre le Royaume-Uni et l’UE. En effet, il est tout à fait possible que Theresa May soit évincée et remplacée par l’aile droite des Conservateurs. A ce moment-là, il y a un risque pour que le pays quitte l’Union sans accord. Et, si cela arrive, qui sait ce qui adviendra du FPR…

Quand les Britanniques en sauront-ils un peu plus sur le FPR ?

Le gouvernement va lancer une consultation dans les prochains mois. Elle permettra d’y voir un peu plus clair avec un groupe d’experts mandatés pour leur exposer ce qu’il veut faire de l’argent du FPR. Ensuite, les experts rendront leur avis et le gouvernement doit en tenir compte pour la rédaction d’une loi.

Illustration Louis Privat.

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Benjamin Boukriche

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