FrançaisTravailler5 questions à la représentante des Îles Falklands à Londres

mm Maxime Lictevout19 novembre 201819 min

L’archipel des Falklands, au sud de l’océan Atlantique, est un territoire britannique. Aussi éloignées qu’elles soient de l’Europe, ces îles sont directement concernées par le Brexit. Entretien avec leur représentante au Royaume-Uni. 

Sukey Cameron est représentante depuis 1990 pour les îles Falklands (ces îles du large de l’Argentine, aussi appelées Malouines) à Londres. Ces îles sont un Oversea Territory (sorte de territoire d’outre-mer politiquement autonome, mais qui dépend du Royaume-Uni pour sa Défense).

Il compte 3 200 habitants, qui vivent essentiellement de la pêche et de l’agriculture. 33% de la viande des Falklands est exportée vers l’UE (hors Royaume-Uni) et 94% de leurs poissons vers l’Espagne. Une économie dépendante du marché unique européen, aujourd’hui menacée par le Brexit.

Quelle a été la réaction des habitants des Falklands quand le Brexit a été voté ?

Nous n’avons pas eu notre mot à dire, seuls les habitants de Gibraltar parmi les Overseas Territories (de par leur proximité géographique) ont eu à se prononcer. C’est dommage, parce que le Brexit affecte tout le monde et tous les Overseas Territories.

Je ne prétends pas que les quelques 1 500 personnes inscrites sur les listes électorales auraient pu influencer le résultat du vote, mais au moins nous aurions pu dire : « 90% des gens des Falklands veulent que le Royaume-Uni reste dans L’Union ».

Aujourd’hui, avec le projet de « deal » actuel, êtes-vous rassurés ?

Si le projet est validé, pour la période de transition, les choses ne changeraient pas car nous resterions dans le marché unique. Donc nous sommes contents. Avec un no-deal on devrait faire des accords et des aménagements bien plus compliqués. La transition nous donne du temps : pour que des fonds européens soient remplacés par des fonds britanniques, pour passer de nouveaux accords commerciaux, etc.

Nous avons peur d’une sortie brutale du Marché commun. Notre principale préoccupation est l’avenir de notre secteur de la pêche et des débouchés pour nos poissons. En 30 ans, on a construit une très belle industrie et nos relations commerciales sont très bonnes, notamment avec l’Espagne (les poissons des Falklands entrent en Europe via le port de Vigo, en Galice, NDLR). Pendant toutes les négociations, on a entretenu des contacts réguliers, en particulier avec le Ministère du Brexit et le Ministère des Affaires Etrangères dont nous dépendons.

Vous avez donc le soutien du gouvernement ?

Oui mais pas seulement. Nous avons fait très attention à avoir des relations avec tous les partis politiques, pas seulement le parti conservateur au pouvoir. C’est en ce sens que nous tenons un stand au congrès annuel de chaque parti, pour nous montrer et pour vraiment assurer un soutien large.

Des gens disent que nous devrions avoir un représentant à Westminster, un député. Mais nous n’avons pas de parti politique sur l’île. Donc ce représentant siégerait forcément en tant qu’indépendant. Il n’aurait pas du tout d’influence, ce serait néfaste pour nous. Actuellement, je peux aller parler à n’importe lequel des 650 MP.

Toute votre économie dépend de l’Europe, n’est-ce pas l’occasion de trouver de nouveaux marchés ?

Pour les calamars et les poulpes (la majorité de la pêche aux Falklands NDLR), nous n’avons pas d’autres choix que l’Espagne. Il n’y a que là qu’ils en mangent (rires) ! Nous avons construit des partenariats avec des compagnies espagnoles. Nous n’allons pas en vendre en Inde, tout simplement parce qu’ils n’en mangent pas.

Certes, il y a des marchés en Amérique du Sud ou en Amérique du Nord. Mais ils sont bien trop petits pour les quantités que nous produisons. Ensuite pour d’autres espèces de poissons, nous n’avons rien à vendre dans des quantités suffisantes pour que ce soit rentable. Nous sommes spécialisés dans quelque chose et le marché pour cela, c’est l’Europe.

Le Brexit ne va-t-il pas affecter votre envie de rester auprès du Royaume-Uni ?

Notre référendum de 2013 a confirmé que nous voulons rester un Oversea territory (99,8% de votes en ce sens NDLR). L’Argentine – qui réclame depuis la guerre de 1982 la souveraineté des Falklands – pourrait demander l’appui de certains membres de l’Union Européenne pour appuyer leurs vues sur notre territoire.

Le Ministre argentin des Affaires étrangères a dit début novembre que le Brexit était une opportunité pour eux de réclamer les îles. J’ai été ravie de voir qu’un porte-parole du gouvernement a été très ferme pour dire que ça ne se passerait pas comme cela.

Je pense que nous pouvons raisonnablement compter sur l’appui des pays fondateurs de l’UE avec qui nous avons de plus anciennes relations. Selon moi, la France, les Pays-Bas et le Danemark, qui ont aussi des territoires d’outre-mer, des bouts de terre dans le monde, sont à même de mieux nous comprendre.

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Maxime Lictevout

One comment

  • Marcelo Kohen

    20 novembre 2018 at 17 h 47 min

    Pour une analyse de tous les éléments du différend entre l’Argentine et le Royaume-Uni concernant la souveraineté des îles Malouines (Falkland Islands/Islas Malvinas), voyez: http://www.malvinas-falklands.net/

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