FrançaisTravaillerEuropol : “Avec le Brexit, nous perdons un de nos plus grands informateurs”

mm Laura Taouchanov17 novembre 20189 min

L’agence européenne Europol accélère de nombreuses enquêtes policières en Europe. Le Brexit va bouleverser cette collaboration. 

La police britannique s’y connecte plus de 500 millions de fois par an. En ligne, Europol (Agence européenne de police criminelle) centralise des millions de données. Fournie par les pays membres de l’Union européenne et accessible 24h/24, cette base de renseignements favorise la traque de terroristes, criminels, personnes ou objets disparus. Le départ du Royaume-Uni compromet une collaboration anti-criminalité cruciale pour l’Europe. « Les Britanniques devront quitter notre siège à La Haye, aux Pays-Bas, et n’auront plus accès à nos données, précise Europol. L’effet sera immédiat après le Brexit. »

Les défenseurs du vote Remain, pour le maintien du Royaume-Uni dans l’UE, s’alarment des conséquences sécuritaires pour les citoyens britanniques. « Je ne doute pas que l’Union européenne continue de coopérer en matière de terrorisme, mais je suis moins sûr pour la fraude fiscale par exemple, regrette Edward Davey, député libéral-démocrate, inquiet de voir son pays chuter en bas de la liste des priorités d’Europol. « S’il y a 27 dossiers ouverts dans les 27 pays membres, nous passerons derniers. Actuellement, nous étions deuxième ou troisième de la queue. »

« Europol protège les citoyens européens de criminels sévères. »

A l’occasion d’une visite à Vienne, en juin dernier, Michel Barnier, le négociateur en chef de l’UE pour le Brexit, a donné le ton. « Ils doivent assumer les conséquences de leur décision de quitter l’Europe et donc la perte des avantages de cette coopération. » Inversement, l’agence de renseignements Europol va elle aussi devoir se passer de l’aide des Britanniques. « Nous perdons l’un de nos plus grands informateurs », admet Europol. 

De nombreuses mobilisations franco-britanniques ont permis d’aboutir à des arrestations. « On en compte par centaines, affirme Edward Davey, en particulier en matière de terrorisme. » Si le Royaume-Uni est exclu des mandats d’arrêts européens, il se prive  d’un système à l’origine de 10 000 arrestations par an. « Lorsque nous avons besoin d’un numéro de plaque d’immatriculation étranger, un lieu de domicile ou de travail, les centres Europol placés aux frontières relaient nos demandes », explique un officier de police judiciaire de la région parisienne. Pour l’Angleterre, Calais fait le lien entre la police française et britannique.

Mais ces échanges manquent parfois de fluidité et le Brexit risque de les ralentir encore davantage. « Toutes les demandes de renseignements ne sont pas traitées de manière égale par Europol, reconnaît le policier, qui s’est déjà heurté au silence du centre basé à Calais. La Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) a plus de succès qu’un petit commissariat de banlieue car elle a une relation privilégiée avec Europol. Pour nous, le Brexit est un grand pas en arrière dans l’élucidation de crimes ou délits », regrette le fonctionnaire. « On ne fait pas appel à Europol pour du vol à l’étalage, complète Edward Davey. Europol protège les citoyens européens de criminels sévères. »

Un chantier majeur du Brexit

Depuis le référendum du 23 juin 2016, les termes exacts du Brexit ne cessent d’être modifiés, dans des domaines d’intérêts communs comme l’économie, l’immigration mais aussi la sécurité. La tâche se montre bien plus complexe que prévu pour Theresa May, la Première ministre britannique. « Europol nous donne très peu de réponses mais on pourrait peut-être continuer à avoir accès à certaines de leurs informations », espère le député Edward Davey, qui préfère rester optimiste. Dans un rapport publié en mars 2018, le Parlement britannique souligne la nécessité d’un maintien de solidarités. « Il est dans l’intérêt commun, pour les citoyens européens et britanniques, de poursuivre une étroite coopération en matière de sécurité et criminalité, précise le rapport. Les terroristes traversent les frontières, nous le savons. Une relation de pays tiers ne saurait suffire. »

Du côté de l’agence de renseignements, on préfère rester prudent. « Nous avons certes des accords avec des pays tiers comme les États-Unis. Mais ils ont un accès très limité à nos informations et ce type d’arrangement prend du temps », répond Europol. Les conditions de leur coopération pourrait « prendre des années à être définies ». Pourtant, Edward Davey reste persuadé que Bruxelles placera l’intérêt commun en priorité. « Nos collègues européens nous aideront à trouver une solution à ces incertitudes, j’en suis certain. » Réponse dans quatre mois, à la fin des négociations entre Londres et Bruxelles.

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