FrançaisSe cultiverLe Brexit : un mauvais trailer pour le cinéma britannique

mm Océane Herrero16 novembre 20188 min

Le cinéma britannique, industrie tournée vers l’international et nourrie par l’Union Européenne, a de quoi être effrayée par le Brexit. Des impacts négatifs se font déjà ressentir. Dont celui, déterminant, de sa réputation à l’étranger.

Vous l’avez aimé en tant que Sherlock Holmes, vous allez l’adorer dans le rôle de Dominic Cummings. L’acteur  Benedict Cumberbatch s’apprête à incarner le rôle du stratège qui a piloté la campagne du « Leave » dans un film consacré… Au Brexit. Une catharsis pour le cinéma britannique ? Fermement européen, il avait jusqu’ici bénéficié des subventions et des quotas de l’Union.

Côté production, un vote subi

Les craintes se retrouvent à tous les niveaux de la fabrication d’un film. Côté pile, la production : la baisse de la livre sterling permet aux compagnies étrangères de venir filmer au Royaume-Uni pour moins cher.

Côté face, les employés. Le cinéma britannique dépend de citoyens européens, des conseils d’administration aux sociétés de distribution. Sur cinq personnes, deux détiennent un passeport français, par exemple.

« Beaucoup de personnes vont se demander pourquoi elles restent quelque part où elles ne se sentent pas voulues. A fortiori pour un salaire dans une monnaie moins avantageuse que l’Euro, estime Charlie Bloye, directeur général de Film export UK. Ce sont des personnes très éduquées. Elles appartiennent au camp du Remain pour les deux tiers. Si la Nation était divisée sur la question du Brexit, l’industrie du cinéma, elle, ne l’était pas. »

Un problème d’attractivité qui pourrait également affecter les partenariats transnationaux. Le blockbuster Dunkerque, de Christopher Nolan – qui a d’ailleurs parfois été analysé comme une allégorie du Brexit – était par exemple une production américo-britannico-franco-néerlandaise.

L’industrie britannique s’échine donc à prouver que le Brexit ne complexifiera pas ces collaborations, mais craint un chilling effect : l’image de complexité administrative renvoyée par le Brexit pourrait être dissuasive pour les collaborateurs étrangers. Et ce, même si l’accord final n’est pas en soi défavorable.

Au-delà même des superproductions, la production pourrait perdre en diversité. Dans le cas d’un départ sans accord de l’Union européennele Royaume-Uni devrait quitter le programme Creative Europe, qui dépend de Bruxelles et soutient le cinéma indépendant, souvent moins rentable. Depuis 2014, Creative Europe a apporté – directement et indirectement – 74 millions d’euros à l’industrie britannique.

Côté distribution, l’espoir d’un bon vouloir

La distribution des films en Europe est également un point de tension. Des pistes se dégagent cependant. Les productions devraient par exemple continuer à faire partie des quotas de pellicules européennes imposées aux plateformes telles que Netflix.

Les sites de streaming comme le géant américains sont obligés de proposer à leurs abonnées européens 30% de productions du continent. Cette réglementation ne devrait pas changer, puisqu’elle est issue du Conseil de l’Europe – et non de l’Union Européenne.

Netflix compte 37 millions d’abonnés en Europe. C’est donc une nouvelle rassurante pour le cinéma britannique. « Mais si les relations entre le Royaume-Uni et les pays d’Europe se détériorent après le Brexit, il n’est pas improbable que ce statu quo soit remis en question », craint Charlie Bloye.

Un mauvais suspens

Les débats sur le Brexit auront permis au cinéma indépendant britannique de faire valoir ses intérêts. Le gouvernement s’en est emparé à coups de rapports et d’études globales sur le secteur sans toutefois dissiper l’ensemble des craintes.

En 2017, John Kampfner, directeur général de la Creative Industries Federation, s’inquiétait : « la situation était incertaine lorsque le vote a eu lieu. Elle l’est encore plus maintenant du fait des difficultés des négociations et des incertitudes qui entourent chacune des ramifications du Brexit ». Dont l’industrie du cinéma.

Malgré l’annonce d’un accord, la situation n’a que peu évolué. « Le cinéma est un soft power qui doit donner une bonne image d’un pays, conclut Charlie Bloye. Le Brexit, au mieux, nous a fait apparaître politiquement instables et divisés. Au pire, insulaires et isolationnistes. Dans les deux cas, il est dur d’envisager que les films indépendants qui y survivent soient accueillis chaleureusement en Europe. »

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