FrançaisTravaillerBrexit : les rêves d’indépendance d’un agriculteur écossais

mm Claire Duhamel16 novembre 201812 min

Dans le sud de l’Ecosse, près de la frontière avec l’Angleterre, on a voté majoritairement pour rester dans l’Union européenne. Ce départ contraint de l’Europe, et son lot d’inconnus, les Écossais le subissent. Alors certains espèrent un second référendum, non sur le Brexit mais sur l’indépendance. Dans sa ferme familiale, Stuart Byers rêve d’une Ecosse à son image : modeste, ouverte et libre.

poster_imageC’est l’heure de nourrir les veaux dans l’exploitation familiale de Stuart Byers.
© Claire Duhamel/ESJ

Dans cette ferme familiale vivent trois cent vaches, parmi lesquelles un petit veau se détache. Marron et frisé, il dénote parmi les Montbéliardes de Gimmembie Farm. Nous sommes à Lockerbie, dans le sud de l’Ecosse.

Stuart Byers travaille ici depuis ses 17 ans. Il gère l’exploitation depuis une trentaine d’années avec son frère, Euan. La ferme se spécialise dans l’élevage de vaches, destinées principalement à être vendues pour la viande. Stuart est un fidèle supporter du Scottish National Party, le parti indépendantiste écossais. Entre deux tâches agricoles, il se confie volontier sur la politique de son pays :« tout le monde fait des promesses, que personne ne peut tenir. Nous avons besoin de confiance pour construire le futur. »

La possibilité d’une nation

Le soir du 23 juin 2016, Stuart et son épouse Sara dînaient de l’autre côté de la frontière, en Angleterre, quand ils ont compris que le Royaume-Uni allait quitter l’Union européenne.« On était vraiment sous le choc. » raconte Sara. « On était tellement sûrs que le oui allait gagner, qu’on avait même ramené du champagne. A la place, on est rentrés à Lockerbie, pour regarder la télévision ». La région de Dumfries and Galloway, où se situe la ville de Lockerbie a voté à 53,1% pour rester dans l’Union européenne. C’est moins que la moyenne de toute l’Ecosse : 63%.

« Nous les Écossais, on se voit imposer de quitter l’Union européenne. Ce n’est pas notre volonté, et ce n’est certainement pas la mienne » raconte Stuart. Alors, ce Brexit non désiré, a grandement renforcé ses convictions indépendantistes.« Certains disent qu’on ne pourrait pas exister sans le Royaume-Uni. Mais moi je pense qu’on pourrait très bien être un petit pays, modeste, mais qui fonctionne ! »

C’est que l’Ecosse ne manque pas d’atouts. Pétrole au nord, pêche, exportations de produits à haute valeur ajoutée, agriculture et élevage, Stuart en est persuadé, l’économie écossaise pourrait fonctionner en dehors du Royaume-Uni. Il prend en exemple les pays scandinaves, qui parviennent selon lui à allier traditions et mondialisation.

poster_imageLumière de fin de journée à Gimmembie Farm © Claire Duhamel/ESJ

Un monde d’inconnus

Le Brexit est source de beaucoup d’inquiétudes pour les Ecossais. La ferme de Stuart reçoit des subventions européennes, qu’il pourrait perdre après la sortie de l’Union.« Je comprends mes collègues agriculteurs qui ont voté ‘leave’ [Ndlr: la ‘sortie’ de l’UE] car ils voyaient dans les normes européennes de trop grandes contraintes. » Mais maintenant, ce qui est pire pour Stuart, c’est l’incertitude des règles post-européennes.

poster_imageAgriculteur, père de famille et féru de cuisine, Stuart est un homme simple et passionné. © Claire Duhamel/ESJ

Nicola Sturgeon, la Première ministre écossaise, a rapidement rejeté le projet d’accord, conclu le 13 novembre entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Elle estime que le pouvoir central de Londres a ignoré l’Ecosse. « Encore une fois, l’Ecosse est passée au second pla», commente Stuart. Il a, bien sûr, regardé la vidéo publiée sur le compte Facebook de sa Première ministre. Elle y déclare : « Non seulement ils nous font quitter l’Union européenne contre notre volonté, mais en plus ils nous font quitter le marché unique… Contre nos intérêts. » Le marché européen représente un quart des exportations des éleveurs écossais.

Nos voisins les Anglais

Le sentiment de communauté est fort dans la région de Lockerbie. Aux commémorations du 11 novembre, les personnes âgés se mélangent aux enfants, venus honorer les morts pour l’Ecosse.« Ce sentiment régional, c’est ce que j’aime le plus ici » confie Stuart.

poster_imageCommémorations du 11 novembre sous la pluie à Annan © Claire Duhamel/ESJ

Quant à ces voisins Anglais, qui sont si proches géographiquement de Lockerbie, la relation est un mélange de respect et de rancœurs.« Nos liens avec les Anglais seraient tellement meilleurs si on était indépendants », estime Stuart. Il n’y aurait plus « ce sentiment de domination. »

Dans la chaleur de sa cuisine, Stuart termine sa journée en réchauffant le pain qu’il a confectionné lui même. Sa fille Rose lui chante des airs traditionnels écossais. Demain il se lèvera à quatre heures, pour s’occuper de ses animaux. Malgré la politique, l’Europe et les rêves d’indépendance, la ferme doit tourner : le cours normal de la vie quotidienne à Lockerbie.

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Claire Duhamel

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