FrançaisSe soignerQuand l’ombre du Brexit plane sur l’accès à l’avortement

mm Emeline Vin16 novembre 201810 min

L’avortement est interdit en Irlande du Nord. Pour interrompre une grossesse non désirée, les femmes peuvent se rendre en Grande-Bretagne. Mais cela pourrait être remis en cause par les négociations sur le Brexit, qui calent sur la question de la frontière irlandaise. 

C’est une maisonnette en briques, au cœur du quartier londonien de Camden. La porte donne sur un vestibule, où l’on peut s’abriter de la pluie. L’intérieur est accueillant, confortable, presque familier.

C’est une clinique en banlieue de la capitale. Les fenêtres sont sablées, un poisson rouge dans son bocal fixe d’un œil vitreux les femmes assises très droites dans la salle d’attente.

C’est un service au nom aseptisé, au dixième étage d’un grand hôpital privé, de Londres ou de Glasgow — tous les hôpitaux se ressemblent un peu.

La maison Marie Stopes propose des avortements aux femmes nord-irlandaises. L’association, présente dans plusieurs pays du monde, milite pour la dépénalisation de l’avortement.

Selon les associations, chaque semaine, une trentaine de femmes poussent les portes battantes de ces unités médicalisées. Ces femmes sont enceintes, elles ne souhaitent pas mener leur grossesse à terme. Et elles ont fait une longue route jusqu’à ces quartiers de Grande-Bretagne. Elles ont quitté, souvent le matin même, leur ville d’Irlande du Nord, pris un avion Belfast – Londres.

Cette solution précaire (cf. encadré)  est suspendue à l’avenir du backstop . Ce « filet de sécurité », prévue par l’Union européenne, pourrait placer une sorte de frontière entre le Royaume-Uni et l’Irlande en mer d’Irlande, pour éviter de voir resurgir une frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Une perspective que ne permet pas l’accord de paix du Vendredi saint, qui marque la fin des Troubles sur l’île d’Emeraude.

Une incertitude de plus

Le « backstop » ne s’appliquerait pas – en principe – aux personnes, seulement aux biens financiers et aux produits. Mais matériellement, la mise en place des contrôles porte son lot d’incertitudes. Durée des voyages, envolée des coûts, raréfaction des vols… « Avec le Brexit, on s’attend à tout », explique l’ONG Family Planning Association (FPA).

Avec le projet d’accord UE-Royaume-Uni trouvé mardi 13 novembre, ce filet de sécurité engloberait la totalité du Royaume, au nom de l’intégrité du territoire. Mais ni l’Union ni les Britanniques n’ont encore approuvé ce texte. Les partisans du Leave, notamment, dénoncent la persistance des liens avec Bruxelles et pourraient le bloquer au Parlement.

En octobre, les députés travaillistes Stella Creasy et Conor MacGinn ont fait voter un amendement pour demander des comptes au gouvernement d’Irlande du Nord. Ils réclament que les manquements en matière de droits humains soient comblés.  L’amendement pourrait résoudre les incertitudes liées à l’avortement dans le cadre du backstop… Seulement voilà : en l’absence d’un gouvernement en Irlande du Nord depuis près de deux ans, le vote n’est guère que symbolique.


Avorter en Irlande du Nord

L’avortement est interdit en Irlande du Nord. Une grossesse ne peut être interrompue qu’en cas de danger pour la vie ou la santé (physique et mentale) de la mère

— pas même en cas de viol.

Parmi les 27 autres pays de l’Union européenne, seule l’île de Malte a une législation aussi stricte sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG), ne l’autorisant en aucune circonstance.

Les Nord-Irlandaises qui souhaitent interrompre leur grossesse ont deux « solutions ». La première, voyager en Angleterre où l’acte médical est entièrement pris en charge par la sécurité sociale d’outre-Manche, le NHS. Les plus défavorisées peuvent recevoir une aide financière pour les frais de transports et de logement… « Mais devoir voyager pour avorter peut être une réelle barrière pratiques pour certaines femmes, explique Ruairi Rowan, responsable plaidoyer chez FPA. Les victimes de violences conjugales, les immigrées en attente de régularisation, les mineures, par exemple, sont exclues. » Sans compter les congés au travail, les tâches de la vie quotidienne.

Alors, quand la traversée de la mer d’Irlande n’est pas une option, il s’agit de commander (illégalement) une pilule abortive sur Internet et d’avorter, sans assistance médicale et toujours en secret : une femme se faisant avorter de manière non naturelle risque quinze ans de prison.

 

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Emeline Vin

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