FrançaisGouvernerLiveINTERVIEW – « Continuer avec Theresa May, c’est devenir un état vassal »

mm Antoine Cuny-Le Callet15 novembre 201815 min

Difficile d’obtenir une interview avec Freddy Vachha. Le représentant de l’UKIP (United Kingdom Independence Party) pour la région de Londres préfère le confort de sa Lexus. Pendant plus de trois heures pourtant, il évoque pêle-mêle le déroulement de la campagne pour le Brexit, la partialité des médias et l’avenir de son parti. Rencontre avec celui qui se présente, non pas comme un « militant », mais comme un « résistant dans le maquis ».

Freddy Vachha, leader UKIP pour la région de Londres.

Quelle est la position de l’UKIP sur le récent accord trouvé entre le gouvernement de Theresa May et les 27 pays de l’Union Européenne ?

Peu de choses ont fuité sur le contenu de l’accord [l’interview a été effectuée la veille de la publication du texte, NDLR]. J’en suis au même stade que vous à ce niveau. Ce qui est sûr c’est qu’il est totalement inacceptable pour l’UKIP. Un nouveau combat commence [UKIP fait partie des hard brexiters et qualifie l’accord de Mme. May de Brexit in Name Only, un Brexit qui n’en a que le nom].

Actuellement l’Europe impose des quotas et des taxes qui ne sont pas adaptés à notre modèle de pêche. C’est l’un des points de crispation, il faut que l’on se batte pour reprendre le contrôle de nos eaux territoriales.  Il y a aussi la question irlandaise qui est particulièrement épineuse, il faut un vrai retour de la frontière. Avec les nouvelles technologies, ça devrait être facilité et les personnes pourraient être contrôlées de manière efficace. La frontière entre les deux Irlandes doit être la plus fluide possible. Le problème, c’est que la législation européenne est toujours en place, le divorce prend trop de temps !

Si demain nous sortions des traités, le ciel ne nous tomberait pas sur la tête. Nous avons rejoint le club européen, un club qu’on nous interdit maintenant de quitter.  Continuer avec Theresa May, c’est devenir un état vassal. Pour moi c’est une verruckte Kuh [littéralement « vache folle » en allemand] comme Angela Merkel.

Vous êtes représentant de UKIP pour la région de Londres, comment expliquer les mauvais résultats du vote « Leave » dans la capitale lors du référendum de 2016 ?

C’est un problème démographique. Il y a à Londres beaucoup d’immigrants de la première génération et de citoyens du Commonwealth [les citoyens du Commonwealth ont pu prendre part au vote de 2016, NDLR]. Ils pensaient, à cause de la propagande des médias mainstream, qu’ils allaient se faire virer du pays si le « Leave » l’emportait. C’est ridicule, les britanniques sont des gens justes.

Londres est aussi une zone très « jeune ». Et certains sondages ont montré que la base électorale de notre partie est majoritairement constituée de personnes plus âgées. Chez les plus de 70 ans, nous récoltons plus de 50 % des voix dans certaines circonscriptions.

L’UKIP n’a-t-il pas perdu sa raison d’être maintenant que le Brexit est décidé ?

Les gens disent « vous avez déjà obtenu le Brexit », mais nous n’avons rien obtenu, nous sommes en 2018 ! L’opinion publique a l’impression que tout a déjà été fait et on nous dit que l’UKIP n’a plus d’utilité. Nous vivons une époque intéressante parce que nous sommes en terre inconnue. À l’UKIP, nous avons toujours été cohérents, nous voulons l’abrogation du European Communities Act de 1972 [traité qui marque l’entrée du Royaume-Uni dans l’Union Européenne, NDLR] et la fin de la suprématie des institutions et des lois de l’Union. Nous ne l’avons pas totalement obtenue.

Pensez-vous que certaines dérives lors de la campagne pour le Brexit ont pu desservir votre parti ?

Vous faites sans doute référence au fameux bus autour duquel il y a eu beaucoup de bruit [Un bus avait été affrété par des membres du partis conservateur pro-Brexit. Il y était inscrit « Nous envoyons à l’UE 350 millions de livres par semaine, finançons plutôt notre système de santé »].

Ce n’était pas notre bus mais celui des conservateurs, notre image y a été associée. Ce bus portait un message que je considère trompeur et que je n’aurais pas approuvé. C’était même idiot. Que comprend une personne lambda qui lit ce message ? Elle s’imagine que l’on va récupérer 350 millions de livres par semaine qui iront directement au National Health Service… Mais pour savoir ce qu’il va nous rester, il faut d’abord renégocier les traités.

« Nous sommes une armée de chats »

Il y a aussi le traitement de la question de l’immigration et de la population musulmane qui a fait débat.

Je ne crois pas que la campagne ait été dénigrante pour qui que ce soit. Nous ne sommes ni racistes, ni homophobes. Pour preuve [il sort sont téléphone et déroule sa liste de contacts], il y a de nombreux musulmans engagés au sein de l’UKIP. La manière dont nos arguments ont été rapportés a pu effrayer certains musulmans. Mais n’oublions pas qu’il y a des problèmes. Il existe au Royaume-Uni des Sharia Courts [tribunaux religieux régis par la loi musulmane] qui n’ont rien d’illégales. Et je pense qu’il vaut mieux vivre sous la loi du Nouveau testament que sous celle du Coran.

Peu de temps après la victoire du « Leave », Nigel Farage a quitté le parti. Depuis, six personnes se sont succédées à la tête de l’UKIP. Comment analysez-vous cette situation ?

Nous sommes une armée de chats. J’adore les chats, ils sont indépendants, comme moi. À l’UKIP, chacun est libre d’aller dans sa propre direction. C’est à la fois notre force et notre faiblesse. Nigel (Farage) était un leader incontesté. Nous avons payé le prix de son départ. C’est quelqu’un de très charismatique, une superstar internationale… C’est presque gênant de voir qu’aux États-Unis sa tête est plus connue que celle de Theresa May.

Mais Nigel est un homme âgé, faire fonctionner un parti c’est éreintant. Après lui, il y a eu des gens à qui il manquait son caractère et son intellect. Mais nous avons aussi été malchanceux, nous avons sélectionné les mauvais profils. Henry Bolton [leader du parti de septembre 2017 à février 2018] a par exemple menti sur son CV en mentionnant un diplôme qu’il n’avait pas. Quant aux autres… Je m’en souviens à peine.

Pourriez-vous prendre la tête du parti ?

Moi à la tête de l’UKIP ? Je pense que je suis un peu vieux [Freddy Vachha a 60 ans], mais on me le suggère souvent. La dernière fois c’était ce matin.

Quelle sont les perspectives du parti maintenant que vous avez obtenu la victoire du « Leave » ? Envisagez-vous des alliances avec d’autres forces politiques ?

Les barrières font les bons voisins. Après les dernières élections générales, j’ai essayé de trouver des accords, non pas avec les conservateurs, mais avec tous les « vrais Brexiters ». Je peux vous parler du cas de Tommy Robinson [ancien leader du groupuscule d’extrême droite English Defense League ayant purgé plusieurs peines de prison, NDLR].

Il y a un débat au sein du parti quant à sa possible intégration. S’il respecte toutes les règles de l’UKIP, il n’y a pas de raison de rejeter une personnalité. Et chez nous, si on se rend compte que l’on a fait un mauvais casting, alors on vire la personne.

Propos recueillis par Saada Soubane et Antoine Cuny-Le Callet

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Antoine Cuny-Le Callet

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