FrançaisMangerLes pêcheurs Shetlandais ne veulent pas être les laissés pour compte du deal

mm Charline Madini15 novembre 20189 min

Dans l’archipel des Shetland, à plus de 300 kilomètres au nord de l’Écosse, la mer et la pêche occupent une place primordiale dans la société. Une position si importante qu’elle est devenue là-bas l’enjeu presque unique du Brexit.

Dans le port de Lerwick, capitale de l’archipel, comme dans celui de la petite ville de Scalloway, les bateaux ont déserté. Tous appelés par la mer. Après une semaine de mauvais temps, la douceur des derniers jours leur a permis de pêcher à nouveau. Maquereaux, cabillauds ou harengs, les eaux autour des Shetland sont très riches en poissons et attirent de nombreux pêcheurs venus des quatre coins de l’Europe.

Aux Shetland, le vote “Remain” l’a emporté à 56,5%. Mais dans la communauté des pêcheurs c’est bien la volonté de sortir de l’Union Européenne qui s’est exprimé dans les urnes. Dans les rues de Lerwick, Jessamine Pottinger, une Shetlandaise de 72 ans, confie gênée qu’elle a voté pour la sortie de l’UE. « C’était une protestation par rapport à la politique commune de pêche. Je n’aurai pas dû, c’est mal, mais c’était pour les pêcheurs. »

Retrouver le contrôle de leurs eaux

Dans les bureaux de la Shetland Fishermen’s Association, l’organisation qui représente les pêcheurs de l’île, son dirigeant Simon Collins évoque les différentes revendications de l’industrie de la pêche. En attendant le deal, il se dit confiant mais craint aussi d’être trahi et de voir la pêche laissée pour compte par le gouvernement lors des négociations avec Bruxelles.

En finir avec Bruxelles

A soixante six ans, Leslie Tait fait partie de cette génération de pêcheurs qui a connu l’entrée dans le marché commun puis dans l’Union Européenne. La méfiance des années 1970 n’a pas faibli au contraire elle s’est accentuée. « Les gens de Bruxelles n’ont jamais été en mer de leur vie mais ce sont eux qui prennent les décisions», s’insurge celui qui est entré dans le métier à l’âge de 15 ans. Aujourd’hui, à la retraite depuis un an, Leslie siège à la Shetland Fishermen’s Association, pour défendre les droits des pêcheurs. « Nous voulons un système plus juste avec des quotas plus équilibrés.» 

Pour Leslie Tait, ce filet est le symbole d’un système qui ne marche pas, celui de Bruxelles. @Charline Madini/ESJ

A quelques pas du marché aux poissons, Leslie tend un filet de pêche, « c’est le symbole du non-sens de Bruxelles ! On nous impose cette taille. Le problème c’est qu’un petit bateau doit pêcher avec ce filet, tout comme un gros chalutier qui va beaucoup plus vite.» 

 

Leslie Tait est devenu pêcheur à l’âge de 15 ans. ©Charline Madini / ESJ

 

La peur de l’abandon

Dans le port vide, un seul bateau est amarré. Simon Collins pointe du doigt les grosses lettres rouges trônant sur la carlingue blanche, « Bayonne ! C’est un bateau français. »  Encore un autre symbole de la dérive de Bruxelles selon les pêcheurs.  « Nous voulons retrouver notre souveraineté sur notre mer», s’indigne Simon Collins.

Plus qu’une nécessité économique pour les Shetlandais c’est la volonté de ne pas être trahi qui domine.  En septembre dernier, le secrétaire à l’environnement britannique Michael Gove promettait que le Royaume-Uni reprendrait « le contrôle de ses eaux » après le Brexit. Une promesse que la Shetland Fishermen’s Association regarde de près, « nous continuerons à faire pression sur les députés et surtout sur le gouvernement pour qu’il tienne cette promesse », affirme avec conviction Simon Collins.

Avec l’augmentation des stocks de poissons, le nouveau marché aux poissons était devenu une nécessité. @Charline Madini/ ESJ

Désormais, l’avenir des Shetland se dessine dans le paysage, un nouveau marché aux poissons est en construction. Il remplacera l’actuel, devenu trop petit face à l’augmentation des stocks. « Nous savons que même celui-ci sera trop petit.» Les pêcheurs des Shetland n’ont jamais été aussi pourvus en poissons et pourtant si inquiets de leur avenir proche.

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Charline Madini

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