FrançaisTravaillerLe Nord de la France attend fébrilement l’accord définitif du Brexit

mm Guillaume Poisson15 novembre 201810 min

Le 15 novembre, Edouard Philippe se rend à Dunkerque pour présenter, entre autres, « les aménagements préparatoires au Brexit ». Les Hauts-de-France doivent se préparer aux répercussions du Brexit, que l’accord soit voté ou non.

Le cri d’alarme de Michel Lalande ne résonne plus de la même manière. Le 29 septembre dernier, le préfet de la région des Hauts-de-France s’inquiétait, dans une note rendue publique par Le Monde, des lourdes conséquences du Brexit sur l’économie du nord de la France. Il brandissait alors la perspective du « no deal » pour faire comprendre l’abîme dans lequel se jetterait un territoire dont le secteur portuaire repose en grande partie sur ses échanges avec le Royaume-Uni. Si l’accord qui se profile maintient les Britanniques dans l’union douanière, les incertitudes demeurent.

L’union douanière : un atout pour la région Hauts-de-France

S’il y avait bien une perspective que redoutaient les acteurs du secteur portuaire de la région Hauts-de-France, c’était de se retrouver en concurrence avec la Belgique et les Pays-Bas. « Ils ont pris une avance démesurée sur nous. Croyez-moi, eux ont déjà discuté d’un accord bilatéral avec le Royaume-Uni pendant que nous on attend naïvement l’issue des négociations. Il faut anticiper. Demain, ça se jouera entre les Hauts-de-France et la Belgique ! » La tirade alarmiste de Xavier Bertrand le 8 octobre dernier ne vient pas de nulle part. Sans cadre européen, les Britanniques se seraient lancés dans des accords bilatéraux avec chacun des membres de l’UE. Soit une ouverture à de probables luttes internes au sein du marché unique pour s’arracher la manne britannique. Dans les Hauts-de-France, 5500 entreprises commercent régulièrement avec le Royaume-Uni, parmi lesquels 2 200 sont « très dépendantes » de ce commerce, d’après Philippe Hourdain, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de la Région.

Mais la perspective d’un accord change la donne. Car l’Union douanière empêcherait le Royaume-Uni de négocier tout accord de libre-échange avec un pays tiers. Impossible donc pour les Britanniques de signer un accord bilatéral avec la Belgique ou les Pays-Bas par exemple, dont les ports seraient « plus compétitifs » que ceux du Nord d’après Xavier Bertrand.  Ce bouclier de l’union douanière est cependant temporaire. L’accord mentionne une période de transition de 21 mois, du 29 mars 2019 au 31 décembre 2020. Au-delà, une nouvelle relation devra être mise en place entre l’Europe et le Royaume-Uni.  Cela pourrait prendre la forme d’un accord de libre-échange.

La question des contrôles aux frontières reste en suspens

Edouard Philippe a reconnu que la problématique des contrôles aux frontières était loin d’être réglée, ne serait-ce qu’à cause de l’incertitude liée au vote du Parlement britannique. « La France devra rétablir des formalités de contrôle sur les marchandises et les passagers » si le Royaume-Uni sort de l’Union européenne sans accord sur le Brexit, prévient-il selonl’AFP.

Mais même si l’accord venait à être validé, la participation à une union douanière en tant que pays tiers de l’Union Européenne ne garantit pas le respect des normes, d’après Vincent Vicard, économiste interrogé par La Croix. L’harmonisation des critères sanitaires, par exemple, ne concerne que les membres de l’Union Européenne. Dans l’accord du 13 novembre, seule est mentionnée la nécessité de respecter « les politiques européennes, avec leurs droits et leurs obligations ». Ces obligations recouvrent-elles des normes sanitaires ? Tarifaires ? Lesquelles exactement ? Cela reste flou, mais la conséquence serait simple : les produits importés du Royaume-Uni devraient être contrôlés. Tous les poids lourds, trains, navires transportant des marchandises depuis le Royaume-Uni devront passer à travers une procédure de contrôle, ce qui fait craindre des embouteillages, et implique des moyens humains et matériels nouveaux. Les chiffres 2017 du trafic franco-britannique dans la zone de Calais et de Dunkerque sont éloquents : plus de 30 millions de passagers, 4,2 millions de poids lourds, 73 000 autocars traversant la Manche par les ferrys ou les 51 000 autocars empruntant le tunnel.

L’État et la Région ont d’ailleurs pris les devants en tablant, ces dernières semaines, sur un scénario du pire : une sortie sèche, sans accord. Gérald Darmanin a ainsi annoncé une batterie de mesures préparatoires au Brexit. 700 personnes recrutées en trois ans, dont 350 doivent au cours de l’année 2019. Le tout en gardant la focale sur la Région Hauts-de-France puisque la moitié des effectifs devraient y être affectés.

Des ateliers ont été organisés sur tout le territoire, et particulièrement dans le Nord, pour sensibiliser les acteurs commerciaux et les entrepreneurs à la réalité d’une frontière dure avec le Royaume-Uni. Le prochain aura lieu à Calais le 22 novembre. Accord ou non. Hélène Deboudt, de la Direction régionale des douanes de Dunkerque, confirme : « Un point sur l’accord, son contenu et les différents scénarios possibles sera abordé (…) Cette réunion présente donc un intérêt pour anticiper toutes les situations ».

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Guillaume Poisson

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