BougerFrançaisFootball : en Irlande, entre frontière et ligne médiane

mm Alexandre Aflalo15 novembre 20188 min

Alors que la question de la frontière irlandaise est au coeur des négociations sur le Brexit, l’Irlande du Nord et la République d’Irlande règleront leurs différends autour d’un ballon ce jeudi soir (20h45). Bien loin de Westminster Palace et de Bruxelles, ce onzième affrontement de l’histoire entre les deux Irlande se fera toutefois dans un contexte houleux où la nationalité sportive de certains joueurs de l’île fait débat. 

C’est une fête des voisins qui a toujours une saveur particulière. Ce jeudi soir, une République d’Irlande et une Irlande du Nord bien pâles sportivement écriront, sur la pelouse de l’Aviva Stadium de Dublin, le onzième épisode de l’histoire footballistique du derby. Un onzième opus qui, comme ses prédécesseurs, verra certains joueurs évoluer sous le maillot de la République d’Irlande alors qu’ils sont nés en Irlande du Nord. Rien de choquant a priori, la nationalité sportive pouvant être différente de la nationalité civile.

Mais la situation de l’Irlande du Nord est particulière : d’après les lois de la FIFA (Fédération internationale de football association), tout joueur né en Irlande du Nord ayant droit à la nationalité Irlandaise et Britannique est donc éligible pour jouer pour les deux équipes nationales. Or, l’inverse n’est pas vrai : indépendante, la République d’Irlande ne permet pas à ses citoyens de prétendre, dès la naissance, à la nationalité nord-irlandaise et donc d’être éligible à la sélection de l’autre côté de la frontière. Pour y avoir le droit, en vertu de la « Granny rule » (la règle du papy), il faut avoir une ascendance nord-irlandaise. Un véritable casse-tête pour le sélectionneur nord-irlandais Michael O’Neill, qui se plaint de voir, depuis 2011, ses talents fuir l’Irlande du Nord au profit de l’Irlande ou de l’Angleterre. Furieux, il accuse la République d’Irlande de piller le vivier nord-irlandais de joueurs dont elle n’a pas l’utilité, approchant et convainquant des joueurs de choisir l’Eire lorsqu’ils évoluent en équipe de jeunes nord-irlandais. « Je peux vous citer au moins dix joueurs qui n’ont jamais représenté la République d’Irlande après avoir fait leur choix », regrettait O’Neill en mars.

Entre opportunisme et religion

Un cas qui s’est encore présenté tout récemment avec le jeune Jimmy Dunne (21 ans). De grands-parents nord-irlandais, il a été convoqué pour la première fois début novembre avec l’équipe nationale irlandaise, dans une liste élargie, en vue des deux matchs face à l’Irlande du Nord et au Danemark. Écarté du groupe par le sélectionneur Irlandais Martin O’Neill (oui les deux sélectionneurs sont des homonymes), il est toujours éligible pour adopter une autre nationalité sportive et défendre les couleurs de l’Irlande du Nord. « Il en va de la nature du football international, réagissait Michael O’Neill en marge du match de ce jeudi. Nous n’avons pas énormément de choix, donc nous gardons un oeil attentif sur chaque joueur qui a un lien de parenté avec l’Irlande du Nord. Nous avons prouvé lors des 6-12 derniers mois qu’il y a pour ces jeunes une belle opportunité de jouer au niveau international ici. »

James McClean avait ouvertement justifié en 2012 son choix de rejeter l’Irlande du Nord pour la République d’Irlande pour des raisons religieuses.

Si aucun joueur de l’équipe nord-irlandaise actuelle n’est né en République d’Irlande, l’inverse est vrai pour deux joueurs :  Shane Duffy et James McClean, sont tous les deux natifs de Derry, en Irlande du Nord, et internationaux irlandais. En 2012, James McClean, qui avait joué pour l’Irlande du Nord en espoirs, avait justifié son choix en invoquant la délicate question de la religion, rappelant que l’anti-catholicisme reste pregnant en Europe du Nord. « En tant que Catholique dans cette équipe (l’équipe d’Irlande du Nord, ndlr), tu ne te sens pas intégré, avait justifié McClean, qui fait régulièrement objet de critiques et d’insultes pour ses positions franchement indépendantistes, en 2012. Je pense qu’un catholique qui dit qu’il se sent chez lui, en voyant tous ces drapeaux anglais et en entendant tous ces chants, ment. » Malgré la présence sur le banc de la sélection nord-irlandaise depuis 2011 du catholique Michael O’Neill, cette insécurité existe visiblement encore, poussant des jeunes catholiques en dehors de l’équipe nationale et ne donnant nullement envie aux Irlandais, à 80% catholiques selon des chiffres de 2016, de venir garnir les rangs de la sélection.

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Alexandre Aflalo

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