FrançaisSe soignerDiabète : « Sans accord sur le Brexit, ma vie serait en péril »

mm Adeline Mullet15 novembre 20188 min

Wendy Nowak, 60 ans, est une fervente défenseure de l’Union Européenne (UE). Diabétique de type 2, elle craint une pénurie d’insuline et de médicaments si le Royaume-Uni sort de l’union douanière – actuellement, 37 millions de boîtes sont importées par mois. Sa pétition, sur le site du Parlement, a récolté plus de 10 600 signatures. Si elle atteint 100 000 signatures d’ici mars 2019, ses revendications seront portées au Parlement.

Pourquoi le Brexit met en danger les diabétiques ?

La plupart des médicaments pour traiter le diabète sont produits par des pays de l’Union européenne, comme les Pays-Bas ou le Danemark pour l’insuline. Beaucoup de gens ont besoin de ces médicaments [ndlr : 3,7 millions de Britanniques ont besoin d’insuline pour gérer leur diabète] et le Royaume-Uni est bien trop dépendant. Je suis en colère contre la Première ministre Theresa May. Elle est pourtant concernée puisqu’elle a un diabète de type 1.

En cas d’absence d’accord, les médicaments seront très certainement bloqués au port de Douvres. Or, l’insuline doit être impérativement conservée au réfrigérateur. Les médicaments ne peuvent pas attendre aux frontières ou être retenus aux douanes , ça risque de coûter cher. Un « no deal » pourrait mettre en péril ma vie et celle de tous ceux qui souffrent de maladies chroniques.

Que se passera-t-il si les diabétiques n’arrivent pas à se procurer de l’insuline après le Brexit ?

Les malades de type 2, comme moi, pourraient souffrir de maladies cardiovasculaires, de problèmes rénaux ou encore devenir aveugles. On imagine les impacts que ça peut avoir sur la vie des gens, par exemple dans leur travail. Je suis photographe, ça m’inquiète beaucoup… Pour les diabétiques de type 1, c’est beaucoup plus dramatique puisqu’ils pourraient mourir s’ils ne sont pas traités. Mais il faut savoir que ça ne touche pas que l’insuline, cela concerne tous les médicaments essentiels et vitaux. Le gouvernement a prévu seulement six semaines de stocks pour l’instant. C’est trop peu s’il n’y a vraiment pas d’accord trouvé.

Est-ce que le projet d’accord annoncé mardi 13 novembre diminue vos inquiétudes ?

Personne ne sait s’il sera vraiment voté, ça dépend des politiciens. Mais je suis contre. Avec le mouvement People’s Vote, nous invitons les citoyens à envoyer des lettres à leur député pour leur demander de rectifier cette situation. Dans tous les cas, je n’ai pas confiance en ce gouvernement. Rester dans le marché unique ne mettrait plus en danger nos médicaments, mais je ne serai toujours pas satisfaite. Il n’y aura jamais de situation meilleure que celle que nous avons actuellement. Si nous quittons l’Union européenne, ce sera beaucoup plus difficile pour le Royaume-Uni d’y rentrer de nouveau ensuite. Nous devrions sûrement accepter l’Euro et rentrer dans l’espace Schengen, ce que beaucoup de Britanniques ont toujours refusé.

Pensez-vous que la pénurie de médicaments puisse faire changer d’avis certaines personnes pro-Brexit ?

J’aimerais que ce soit le cas, mais il y a des gens qui préfèrent croire les tabloïds. Je fais partie d’un groupe de diabétiques sur Facebook et j’y ai donc partagé ma pétition. L’un des membres, lui-aussi diabétique donc, m’a assuré que le Brexit ne changerait rien, qu’il n’y avait pas lieu de s’en préoccuper et que c’était la meilleure chose qui puisse arriver au pays. Mais bon, je ne perds pas espoir… Sur les réseaux sociaux, sous le hashtag #Remainernow, certains expliquent comment ils ont voté pour quitter l’UE et sont désormais passés dans l’autre camp : celui des « Remainers ». Il y en a encore qu’on peut convaincre.

Propos recueillis par Adeline Mullet & Camille Bronchart

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Adeline Mullet

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