FrançaisRespirerAu Royaume-Uni, le Brexit rouvre les vannes du gaz de schiste

Océane Herrero15 novembre 20188 min

C’est une fracture très concrète du Brexit. Début novembre, la compagnie Cuadrilla Resources a annoncé avoir commencé à extraire du gaz de schiste dans le comté du Lancashire, au Nord de l’Angleterre. Pour le gouvernement, le gaz de schiste est la nouvelle manne pour assurer la sécurité énergétique du Royaume-Uni.

Le feuilleton dure depuis maintenant huit ans. En 2011, la société Cuadrilla réalise une extraction de gaz de schiste, non loin de son actuel site du Lancashire. Problème: l’opération provoque deux légères secousses sismiques, de magnitude 2.3 sur l’échelle de Richter. Un effet collatéral de l’extraction du gaz de schiste, qui nécessite de fracturer les sols avec un mélange d’eau, de sable et d’additifs chimiques.

L’inquiétude des habitants et la mobilisation des autorités mettent à l’arrêt l’exploitation sur ce site, mais aussi dans le reste du pays. Pendant huit ans, les permis de forer sont refusés tant par les autorités locales que par la mobilisation de militants et d’habitants.

Mis en sommeil, le projet n’est pas abandonné pour autant. Plusieurs compagnies explorent le Royaume-Uni à la recherche de gisements de gaz. Third Energy, IGas Energy, Ineos et Cadrilla Resources sont les plus actives, selon Frack Off, association écologiste défavorable à l’exploitation du gaz.

Des entreprises qui ont maintenant le soutien du gouvernement conservateur de Theresa May. « Le gaz de schiste a le potentiel d’apporter au Royaume-Uni de la sécurité énergétique, de la croissance économique et des emplois. Elle pourrait également faire partie de notre plan pour un futur bas-carbone », argumente d’emblée la page du site gouvernemental consacrée au gaz de schiste.

Un vœu dont le Brexit accélère la concrétisation. En juillet dernier, la ministre de l’Energie britannique donnait son feu vert à Cuadrilla pour lancer ses opérations d’extraction sur son site de Preston New Road.  Pour Andrew West, représentant de Frack Off, le Brexit a précipité les choses : « les débats sur le forage sont bien antérieurs au Brexit. Mais le vote a pu avoir pour effet de lever des législations plus rapidement. Le vote “leave” a été causé par un sentiment global d’insécurité. Et il a amené à penser localement, à vouloir produire localement. Y compris de l’énergie, et donc du gaz de schiste ».

L’insécurité énergétique comme moteur

Le Royaume-Uni s’appuie depuis longtemps sur ses ressources en gaz sous-marin. Il lui laisse une part importante dans son régime énergétique : 84% des chauffages britanniques sont alimentés par du gaz. Mais les ressources de la mer du Nord commencent à s’amenuiser. D’autre part, la faiblesse de la livre depuis le vote leave a rendu l’importation de gaz plus onéreuse.

A long terme, l’impact du Brexit sur l’accès du Royaume-Uni aux énergies reste difficile à pronostiquer. Le pays veut donc assurer sa sécurité par l’autonomie. En octobre, alors que Cuadrilla est actif sur son exploitation dans le Lancashire, de nouvelles secousses sismiques – de magnitude 0.3 – sont captées par les géologues. Sans cette fois pousser les autorités à suspendre l’opération puisqu’un seuil critique a été établi à 0.5.

Une opinion publique non acquise

Dans leur politique pro-gaz, les autorités tombent malgré tout sur un os. L’opinion publique est majoritairement opposée à l’exploitation de cette énergie controversée. Selon le sondage annuel du gouvernement, 32 % des Britanniques s’opposent à l’exploitation du gaz de schiste. 18 % sont pour – le reste ne se prononce pas. Depuis plusieurs mois, des manifestants campent devant le site de Preston New Road.

Les compagnies qui exploitent le gaz de schiste ont patiné pendant huit ans au Royaume-Uni. Ce soutien gouvernemental pourrait être un tremplin. « Si les compagnies américaines exploitent avec succès des gisements de gaz de schiste au Royaume-Uni, cela pourrait convaincre certains pays européens. L’Allemagne et la Pologne sont par exemple indécis, poursuit le porte-parole de Frack Off. Le Royaume-Uni serait en fait leur porte d’entrée vers le continent. »

Océane Herrero

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