BougerFrançaisBirmingham : un train à grande vitesse contre le Brexit

mm Harold Grand15 novembre 20187 min

Depuis la fin des années 1980, la deuxième ville d’Angleterre a connu de multiples transformations. Même si la période actuelle est incertaine à cause du Brexit, elle accueillera bientôt le prochain TGV britannique, le HS2, et compte bien en profiter.

« Difficile d’imaginer la plus grande gare du pays à l’extérieur de Londres sur ce terrain vague n’est-ce pas ? ». Sur place, impossible de contredire Gary Woodward, à la tête de l’équipe municipale de Birmingham en charge du développement du centre-ville. Le futur site de Curzon Street n’est qu’une succession de tas de terre et de goudron. À proximité, seuls quelques garagistes – cigarettes aux lèvres et mains pleines de cambouis – guettent les mouvements des grues de construction qui se sont mises en route début septembre. Pourtant dans huit ans, au même endroit, se dressera une immense gare. Sur trois niveaux, et avec sept voies spécialement construites pour accueillir le futur train à grande vitesse britannique, le seul du pays : le HS2. Une ligne de tramway, plusieurs centres commerciaux, immeubles, centres de conférences verront aussi le jour.

« Caprice de riche »

Le gigantesque projet immobilier, « l’un des plus importants de tout l’Ouest européen », selon Gary Woodward, a été commandé en 2009 par le cabinet du Premier ministre de l’époque, Gordon Brown. Son but ? Permettre aux villes de province d’être moins isolées par rapport à Londres (avec le HS2, Londres sera à 49 minutes de Birmingham contre 2 heures en moyenne aujourd’hui) mais aussi les aider à attirer plus d’activités économiques et touristiques. Son coût ? 56 milliards de livres (63 milliards d’euros) officiellement, 80 milliards (94 milliards d’euros) officieusement en prévoyant les retards et les problèmes liés à l’achat des terres pour développer les nouvelles lignes de chemins de fer.

Malgré sa vision ambitieuse pour le futur économique du Royaume-Uni, le projet a ses détracteurs. L’éditorialiste économique Simon Jenkins évoque dans les lignes du Guardian un « caprice de riche ». Selon lui, seulement 2% des trajets longue-distance sont effectués en train au Royaume-Uni. Il ajoute : « Cela aurait été beaucoup plus judicieux économiquement d’investir pour améliorer notre réseau routier souvent embouteillé ». Qu’à cela ne tienne, de son côté, la mairie de Birmingham se veut rassurante : « Comme dans tous les projets de cette ampleur, il peut y avoir des dépassements, des critiques mais l’essentiel sera tenu. L’économie, surtout à Birmingham, en bénéficiera nettement. »

Résister au Brexit 

Dans la deuxième ville d’Angleterre, Curzon Street devrait créer 36 000 emplois, permettre la construction de 600 000 mètres carrés de nouveaux bureaux et de 4 000 logements pour accueillir une « nouvelle population active d’entrepreneurs », selon la mairie. À Birmingham, 35% de la population a moins de 20 ans, l’arrivée du HS2 au coeur de la ville pourrait faire baisser encore davantage cette moyenne d’âge. Surtout, en ces temps d’incertitudes liées au Brexit, la ville a bon espoir de jouer un rôle important en développant des partenariats commerciaux avec des pays en dehors de l’Europe comme les Etats-Unis ou la Corée du Sud grâce à ses infrastructures innovantes. Plusieurs entreprises internationales ont déjà décidé de transférer leur siège anglais depuis Londres. Parmi elles, les banques Deutschbank ou HSBC UK avec plus de 4 500 emplois à la clé. « Rien qu’avec les impôts que nous versent les entreprises, nous gagnons 9 millions de livres par an et cela ne changera pas avec le Brexit, ces entreprises ont décidé de s’installer dans notre ville dans la durée. Le projet du HS2 les motive à investir encore plus », expose Gary Woodward en signe d’encouragement. Personnellement, il tempère et reconnait que le Brexit est un échec politique « à 100% » mais à l’image du slogan qui orne les murs de sa mairie, il compte aller « de l’avant ».

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