FrançaisSe cultiverLes libraires britanniques inquiets face au Brexit

mm Maéva Lahmi14 novembre 20187 min

Selon le rapport 2017 de l’association des éditeurs britanniques (Publishers Association), l’Europe représente 36% des exportations britanniques de livres. Dans le quartier londonien de Charing Cross, les libraires redoutent que le Brexit ne menace ce commerce international. Reportage.

À une dizaine de minutes de Picadilly Circus, loin des boutiques de souvenirs et des restaurants chics, se trouve le quartier de Charing Cross. Là, des dizaines de librairies indépendantes à l’aspect traditionnel se côtoient. L’une d’elle, Any amount of books, possède un charme ancien. Une odeur de papier vieilli et de livres usés en émane. Des ouvrages sont alignés les uns à côté des autres sur des étagères en bois. D’autres, empilés à même le sol ou disposés dans de vieux meubles. Environ 20 000 livres y figurent au total. Ici, les amoureux de livres chinent, observent, tâtent et dénichent parfois une perle pour quelques livres britanniques seulement.

La crainte d’une taxation sur les exports

Assis derrière la caisse en bois, Tom , le vendeur, accueille les clients, en grande majorité habitués. Parmi les ouvrages proposés, « beaucoup d’éditions rares, des romans étrangers, mais aussi des best-sellers ». Car l’industrie du livre repose en partie sur les échanges internationaux. Si la librairie achète la majorité de ses ouvrages au Royaume-Uni, elle en exporte souvent vers des pays européens. Des exportations non taxées, du moins pour le moment. Tom redoute « que le Brexit n’entraîne la création de nouvelles taxes sur les exports. Cela tuerait notre commerce. »

Tom travaille dans la librairie Any amount of books, qui compte 20 000 livres. © Maéva Lahmi/ESJ

Dans la librairie voisine, Henry Pordes Books, les livres anciens côtoient les nouveautés et ceux de seconde main, aux pages légèrement jaunies. Alex, vendeur depuis une trentaine d’années partage cette inquiétude. La boutique exporte elle aussi des livres « vers l’Europe, notamment vers l’Italie et l’Allemagne. L’apparition de nouvelles taxes sur les exportations de livres menacerait directement ces ventes. »

En 2017, ces ventes de livres à l’étranger représentaient 60% du revenu des éditeurs britanniques selon le rapport annuel de la Publishers Association, l’association des éditeurs britanniques. Une hausse de 8 % par rapport a 2016, soit un chiffre d’affaires de 3,4 milliards de livres sterling (environ 3,8 milliards d’euros). Dans ce total, l’Europe se taille la part du lion, avec 36 % des recettes de l’export. Malgré ce bilan positif, Stephen Lotinga, le PDG de la Publishers Association, s’inquiète de la fragilité de l’export à l’aube du Brexit.

Le Brexit, une menace pour le tourisme ?

Mais le Brexit pourrait également menacer directement les ventes en boutique. « La moitié de ma clientèle se compose de touristes, poursuit Alex. Si le Brexit venait à freiner le tourisme et à dissuader les Européens de venir à Londres, nos ventes risqueraient de diminuer. » Les yeux rivés sur une étagère de livres aux couvertures ornées de dorures, Manuela, étudiante espagnole en visite à Londres, tenait « absolument » à faire « un détour par Charing cross et ses superbes librairies ». Si elle connaît bien ce quartier, elle craint « de ne pouvoir y revenir aussi facilement une fois l’accord finalisé ».

Pour autant, Alex reste optimiste. Il espère que « le commerce des livres ne sera pas trop touché par le Brexit. Le Royaume-Uni a toujours protégé ce secteur. Je pense que cela ne devrait pas changer. » La situation reste pourtant très incertaine car le gouvernement a fait peu d’annonces concernant le secteur. Un climat général qui lasse Tom Glencross. « Avec le Brexit, personne ne sait vraiment ce qui va se passer. »

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Maéva Lahmi

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