LiveINTERVIEW – Le deal de Theresa May, “une tentative confuse de compromis qui ne satisfait personne”

mm Manon Claverie14 novembre 20188 min

 

Robin Pettitt, politologue spécialiste des partis politiques et enseignant à l’Université de Kingston, revient sur la proposition d’accord de Theresa May.

La proposition d’accord de Theresa May est décriée dans l’opposition comme dans la majorité. Quel crédit peut-on lui donner ?

L’accord a été approuvé par le gouvernement, mais je doute qu’il survive au vote du parlement, qui devrait avoir lieu mi-décembre. Les ministres qui n’approuvaient pas l’accord devaient quitter le gouvernement. Ils avaient donc beaucoup à perdre. Au Parlement, en revanche, les députés n’ont rien à perdre et les chiffres ne jouent pas en faveur de la Première ministre. Elle ne dispose pas d’une assez forte majorité pour l’emporter.

Cet accord est une base. En fait, c’est le mieux qu’elle puisse faire étant données les divergences qui animent son propre parti. La proposition de Theresa May n’est qu’une tentative confuse de compromis entre les conservateurs pro et anti-Europe, mais il ne satisfait en réalité personne.

Maintien dans l’union douanière, dans le marché unique, pas de frontière en Irlande… Theresa May prend-elle position du côté des pro-Europe ?

Non, pas vraiment. À première vue les “remainers” ont moins de raisons d’être en colère que les “leavers”, mais en fait c’est plus compliqué que ça. Les pro-Europe obtiennent satisfaction sur ces points-là, mais pour eux cette proposition reste pire que la position actuelle du Royaume-Uni dans l’Europe. Si les conservateurs souhaitent rester dans le marché unique et l’union douanière, c’est non seulement pour rester sous règlementation européenne, mais aussi pour garder leur droit de regard sur cette législation européenne. Or l’accord ne le prévoit pas.

Le deal est annoncé comme temporaire et devrait prendre fin en 2020. Quel est l’intérêt de soumettre une sorte de pré-accord maintenant ?

En fait, Theresa May ne peut rien faire d’autre. Sa marge de manoeuvre est restreinte du fait de sa petite majorité au Parlement et elle ne peut pas donner le sentiment d’ignorer les insatisfactions des deux camps. Mais les anti-Europe ont peur qu’elle repousse indéfiniment le moment de prendre une décision claire et qu’il n’y ait jamais d’accord définitif.

Le DUP, parti unioniste nord-irlandais et allié des conservateurs garants de leur majorité au Parlement, ne semble pas approuver le deal. Que risque Theresa May ?

Les dix députés du DUP risquent de refuser le deal. En revanche, ils ne reviendront certainement pas sur leur alliance avec le parti conservateur, car ils perdraient leur influence sur le Parlement. De plus, Theresa May n’aurait plus de majorité pour affronter les partis d’opposition, qui s’uniraient vraisemblablement. Or si le Parti travailliste de Jérémy Corbyn venait à prendre le pouvoir, ce serait pire pour le DUP. C’est aussi pour cela que les Conservateurs, bien que divisés, ne devraient pas mettre trop de bâtons dans les roues de Theresa May.

Le parti conservateur est très divisé. Ne va-t-il pas exploser ?

Les conservateurs traversent une crise profonde. Certains parlent d’un possible éclatement du parti, mais cela aurait de lourdes conséquences car le système électoral britannique fait que les petits partis n’ont pas de pouvoir. Sans forte majorité au Parlement, encore une fois, les conservateurs ne peuvent pas se le permettre.

D’un côté, ces divergences d’opinions au sein du parti lui permettent de ratisser large parmi les électeurs. Elles ne sont pas qu’un problème.

Pensez-vous que Theresa May gère bien la crise ?

Elle a commis des erreurs. Les élections qu’elle a convoquées l’année dernière, par exemple. Elles lui ont fait perdre la majorité dont elle bénéficiait. Theresa May n’a pas non plus réussi à rassembler le parti. Mais en fait, je crois que personne ne pourrait mieux faire. Certains seraient peut-être meilleurs dans les négociations, mais ils ne veulent pas s’y risquer. C’est pour ça qu’elle est encore Première ministre aujourd’hui, malgré la tendance qu’a le parti conservateur à écarter rapidement les perdants des élections. Ils ne l’ont pas fait car ils sont bien contents qu’elle porte sur ses épaules le poids du Brexit. Quand les négociations seront terminées, en revanche, je pense que certains conservateurs n’hésiteront pas à pointer du doigt sa gestion et à se positionner dans la course pour prendre la tête du gouvernement.

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Manon Claverie

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