FrançaisTravailler3 questions au capitaine du port de Foyle, entre eaux britanniques et européennes

mm Daphné Turpin14 novembre 20185 min

Depuis le quai, le capitaine Bill McCann, gilet jaune sur le dos et casque vissé sur la tête, supervise le chargement des navires. A quatre mois du divorce, c’est en misant sur les atouts du port qu’il se prépare au pire. Nous l’avons rencontré avant l’annonce d’un accord potentiel pour lequel rien n’est encore joué. Pendant que Theresa May manoeuvre, l’incertitude reste de mise.

En quoi la situation du port de Foyle est-elle spéciale ?

Le port de Foyle est le plus à l’ouest du Royaume-Uni. C’est donc une passerelle sur l’Atlantique. Mais notre véritable particularité, c’est que notre zone d’activité s’étend des deux côtés de la frontière : en Irlande du Nord et en République d’Irlande.

C’est-à-dire à la fois sur les eaux nord-irlandaises et irlandaises, donc britanniques et européennes. Et comme nous ne sommes qu’à quelques miles de la frontière terrestre, 30% de nos employés, moi y compris, vivent en République d’Irlande. Nous sommes dans une position unique.

Votre activité portuaire a-t-elle été affectée par le référendum sur le Brexit ?

Pour l’instant, nos affaires continuent de tourner comme avant. Rien n’a changé. Et ça s’explique justement par cette double identité. Nous sommes relativement indépendants de la Grande Bretagne, nous n’y exportons que 20% de nos marchandises.

Mais malgré cette protection, le port connaîtrait de réelles difficultés si un hard Brexit était décidé. Nos agents perdraient du temps dans des contrôles supplémentaires. De nouvelles normes pourraient voir le jour, des taxes douanières pourraient s’appliquer, et les délais se verraient allongés.

Quant aux pêcheurs irlandais, qui sont très nombreux au port de Derry, ils pourraient ne plus avoir accès aux zones de pêche britanniques. Pour eux, ça représenterait une perte financière importante.

Comment le port fait-il face à toutes ces incertitudes ?

Pour l’instant, on avise au jour le jour. Nous faisons partie de la chambre de commerce, alors nous nous entraidons entre entreprises nord-irlandaises. On se tient informés de la moindre avancée des négociations.

Hard Brexit, soft Brexit, absence d’accord, frontière en mer ou statut spécial… On ne peut pas prévoir ce qu’il va se passer, on se prépare à tous les scénarios possibles. Mais concrètement… Depuis deux ans, personne ne nous apporte de réponse.

Propos recueillis par François Cesari et Daphné Turpin

mm

Daphné Turpin

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *