BougerFrançaisPar peur du Brexit, ils choisissent de devenir Britanniques

mm Manon Claverie13 novembre 201811 min

Chaque lundi matin, à 10 heures 30 à la mairie du quartier d’Islington, à Londres, entre trente et soixante Londoniens deviennent Britanniques. La cérémonie de naturalisation clôture des démarches administratives longues : un test d’anglais, une évaluation de culture générale, des documents qui prouvent que l’on vit et travaille en Angleterre depuis au moins cinq ans… Mais en plein Brexit, pas de quoi décourager les Londoniens d’Europe ou d’ailleurs. Le nombre d’Européens ayant demandé la citoyenneté britannique a plus que triplé depuis le référendum de juin 2016. Nous avons rencontré trois nouveaux Britanniques pendant leur cérémonie.

Olivia répète. Face au Maire d’Islington, dans la mairie de ce quartier londonien où elle habite, elle et ses trente-trois comparses du jour doivent prêter serment devant une photo de la Reine. À 37 ans, cette Française vient d’acheter un appartement à Londres. « Cela fait huit ans que je travaille dans la finance, ici. Cette ville, c’est ma base. Si je deviens Britannique aujourd’hui, c’est pour vivre dans la sérénité. C’est peut-être superflu, mais si je quitte l’Angleterre, je ne veux pas avoir à me demander si je peux revenir et dans quelles conditions. » Comme 62% des Français installés au Royaume-Uni, Olivia souhaite rester dans le pays malgré le Brexit.

La Londonienne semble avoir l’Anglais dans la peau. Ou plutôt dans les mots : « Finalement, il y a quelque chose d’un peu emotional à devenir Britannique. Je peux voter, m’impliquer dans des causes. » Elle ne néglige pas les démarches fastidieuses qu’elle a dû entreprendre : « Le ‘process’ de candidature est assez pesant. C’est beaucoup de ‘paperwork’ [en français, paperasse] et c’est cher. ‘All in all’ devenir Britannique m’a coûté 2 000 livres [environ 2 300 euros]. »

Olivia vit et travaille à Londres depuis 8 ans. Aujourd’hui, elle est devenue citoyenne britannique / Photo : Charlotte Dupon

Même combat pour Laeticia, 31 ans. Cette Française originaire de Castres (Tarn) travaille à Londres, dans la construction, depuis presque huit ans.  « Si j’avais dû renoncer à ma nationalité française, je ne l’aurais pas fait. Mais je peux avoir les deux et j’ai peur du Brexit. » Laeticia a beaucoup à perdre, le 29 mars. Elle n’a jamais travaillé ailleurs qu’en Angleterre et y a tout son réseau professionnel. Comme Olivia, elle veut être libre d’aller et venir comme elle l’entend.« Si je deviens Britannique, c’est uniquement par sécurité, pas par envie réelle de le devenir », livre-t-elle.

Pour elle, la cérémonie d’aujourd’hui est « folklorique ». Dans quelques jours elle recevra son passeport britannique. Mais « ça reste du matériel. Je ne me sens pas Anglaise pour autant. Je n’ai pas grandi ici, je n’y ai pas de famille. Je ne projette pas d’y rester indéfiniment », conclut Laeticia.

Laeticia est française. Elle a décidé de devenir Britannique avant que le Brexit n’entre en vigueur, par précaution. / Photo : Charlotte Dupon

« C’est une manière de mettre notre famille à l’abri »

Mike, Wencke et leur bébé d’un mois, eux, comptent rester vivre au Royaume-Uni, « au moins pour les dix prochaines années ». Lui est Américain, elle Allemande, et leur petite fille est… Britannique ! Mike possède le « Indefinite leave to remain » : une sorte de permis de séjour au Royaume-Uni, à durée illimitée. C’est grâce à ce statut que son bébé, comme le grand-frère, ont pu naître Britanniques. Aujourd’hui il souhaite prendre la même nationalité que ses enfants. Pourquoi maintenant ? Là aussi, par crainte du Brexit.

Bien qu’Américain, donc potentiellement pas affecté par un changement de législation, Mike appréhende la fin du mois de mars. « La procédure de naturalisation est déjà très longue, j’ai peur qu’elle le devienne encore plus quand le Royaume-Uni aura quitté l’Union européenne. » Le couple a peur que le nombre de demandes soit énorme et fastidieux à gérer pour l’Administration anglaise. « Qu’ils en changent les modalités, aussi. Alors cette demande, c’est une manière de mettre notre famille à l’abri », ajoute Wencke. Pourtant, elle, préfère attendre encore avant de faire sa demande de citoyenneté britannique.

Allemande, la législation de son pays d’origine est plus restrictive. « Nous pouvons être binationaux si nous sommes nés avec cette double nationalité. Mais nous ne pouvons pas faire une demande de nationalité hors Europe, au cours de notre vie ». Techniquement, la situation bancale du Royaume-Uni dans l’UE ne devrait pas l’empêcher d’être à la fois allemande et anglaise. Mais elle préfère attendre, par précaution. « Je garde espoir, je pense que tout ira bien pour nous », sourit-elle en berçant sa petite fille.

Mike est devenu Britannique. Il partage la même nationalité que ses enfants. Wencke, elle, préfère attendre. / Photo : Charlotte Dupon
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Manon Claverie

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